Charlemagne et Carloman : deux frères pour un royaume

Illustration originale générée par intelligence artificielle avec ChatGPT (OpenAI), pour L’École de Gwladys, 2026.

Les Rois de France — Les premiers pas des Carolingiens

Dans l’épisode précédent, Pépin le Bref avait franchi une étape décisive : sa famille, qui gouvernait depuis longtemps au nom des rois mérovingiens, occupait désormais le trône.

À sa mort, en 768, cette royauté revient à deux de ses fils : Charles et Carloman.

Le premier deviendra Charlemagne. Le second régnera un peu plus de trois ans.

Pendant cette courte période, l’avenir des Carolingiens se joue entre deux cours, deux entourages et deux manières de défendre le même héritage. Pour comprendre comment Charles s’est retrouvé seul à la tête du royaume franc, il faut redonner sa place à son frère.

Un héritage à partager

Pépin le Bref meurt le 24 septembre 768. Il a prévu de répartir son royaume entre Charles et Carloman, les fils qu’il a eus avec Bertrade.

Ce partage s’inscrit dans une tradition déjà rencontrée au fil de notre série. Après la mort de Clovis, ses fils avaient eux aussi reçu chacun une part du royaume.

Au VIIIe siècle, le principe d’un fils aîné recueillant seul toute la royauté ne s’impose pas comme une règle générale. Plusieurs héritiers peuvent exercer simultanément le pouvoir royal.

Charles et Carloman deviennent donc tous deux rois des Francs. Chacun possède ses territoires, ses ressources et les soutiens nécessaires pour gouverner. Le titre de Carloman lui donne une autorité royale à part entière.

Deux villes, deux rois

Le 9 octobre 768, Charles reçoit la consécration royale à Noyon. Le même jour, Carloman la reçoit à Soissons.

Les deux héritiers reçoivent séparément la consécration royale. Chacun peut désormais faire reconnaître son autorité dans la part du royaume qui lui est attribuée.

Le découpage territorial est complexe. Des régions comme l’Austrasie, la Neustrie et l’Aquitaine se trouvent réparties entre les deux frères. Carloman exerce également son autorité sur des territoires tels que la Bourgogne et l’Alémanie.

Les sources ne permettent pas de tracer toutes les limites avec la précision d’une carte administrative actuelle. Elles montrent cependant que le partage traverse plusieurs ensembles régionaux.

Les deux rois doivent désormais faire vivre cet arrangement. Son fonctionnement dépend aussi de leurs entourages : les grandes familles, les évêques et les abbés comptent parmi les appuis du pouvoir.

L’Aquitaine met l’entente à l’épreuve

Dès 769, une révolte en Aquitaine rappelle que les conquêtes de Pépin restent à consolider.

Charles intervient militairement. Selon Éginhard, qui racontera plus tard son règne, il sollicite l’aide de Carloman, mais son frère ne lui apporte pas le concours attendu.

Charles poursuit l’expédition et parvient à rétablir son autorité.

L’épisode révèle les difficultés de la coopération entre les deux souverains. Leurs intérêts ne se confondent pas toujours, et un accord dynastique ne suffit pas à garantir une action commune.

Les récits favorables à Charles insistent sur sa détermination. Les raisons du comportement de Carloman sont beaucoup moins bien éclairées. Cette différence de traitement mérite d’être gardée à l’esprit.

Bertrade et le jeu des alliances

Entre ses deux fils, Bertrade continue d’intervenir dans les affaires politiques.

En 770, elle se rend en Italie. Les relations avec Didier, roi des Lombards, occupent alors une place importante dans les négociations.

Une union entre Charles et une fille de Didier entre dans ce rapprochement. Éginhard raconte que Bertrade avait conseillé cette alliance et que le renvoi ultérieur de la princesse provoqua un désaccord entre la mère et le fils.

Le nom de cette femme demeure incertain, tout comme certains détails de l’union. Le récit peut néanmoins suivre un fait essentiel : les liens familiaux servent aussi à construire des alliances entre les cours.

À Rome, le pape Étienne III s’oppose vivement au projet d’union lombarde. Les positions évoluent au gré des négociations et des rapports de force.

Les débuts des Carolingiens se jouent donc aussi au-delà des frontières du royaume franc.

Décembre 771 : la succession change de direction

Le 4 décembre 771, Carloman meurt.

Sa disparition ouvre une nouvelle succession. Il laisse une épouse, Gerberge, et des enfants, parmi lesquels un fils est attesté.

Charles fait rapidement reconnaître son autorité sur les territoires de son frère, avec le soutien de grands du royaume. Les enfants du défunt sont écartés du pouvoir.

Il faut mesurer la portée de ce changement. Le partage de 768 avait installé deux rois. Trois ans plus tard, Charles concentre entre ses mains leur héritage politique.

La mort de Carloman rend ce rassemblement possible ; les ralliements aristocratiques permettent à Charles de le réaliser.

Gerberge prend le chemin de l’Italie

Gerberge rejoint le royaume lombard avec ses enfants et certains fidèles de son mari. Elle trouve protection auprès de Didier.

Ce départ prolonge la crise familiale sur la scène politique italienne. Les héritiers de Carloman restent des figures autour desquelles une opposition à Charles peut se construire.

Leur présence chez le roi des Lombards entre dans les tensions qui marqueront les années suivantes.

Pour l’heure, une situation nouvelle s’est imposée : Charles est devenu le seul roi des Francs.

Une histoire racontée depuis la cour du vainqueur

Pour connaître ces années, les historiens disposent notamment des annales carolingiennes et de la Vie de Charlemagne d’Éginhard.

Ces textes sont précieux. Ils ont aussi un point de vue.

Éginhard écrit après la mort de Charles, dont il admire l’action. Son récit tend à valoriser le souverain et présente l’entourage de Carloman comme un facteur de discorde.

La brièveté du règne de Carloman et la place réduite qui lui est accordée dans ces sources ont contribué à le laisser dans l’ombre de son frère.

Le retrouver permet de mieux comprendre les débuts de Charlemagne : son pouvoir s’est construit dans un monde de partages, de négociations et de successions disputées.

Pépin avait établi la royauté carolingienne. Ses deux fils avaient commencé par se la partager.

En 771, une nouvelle étape s’ouvre. Charles dispose désormais de moyens élargis pour conduire sa politique. Les campagnes qui feront sa renommée et le couronnement impérial appartiennent encore à la suite de l’histoire.

Quelques repères

DateÉvénement24 septembre 768Mort de Pépin le Bref ; partage entre Charles et Carloman.9 octobre 768Consécrations royales de Charles à Noyon et de Carloman à Soissons.769Campagne de Charles en Aquitaine, sans le concours attendu de son frère.770Voyage de Bertrade en Italie et rapprochement avec les Lombards.4 décembre 771Mort de Carloman.Décembre 771Charles prend le contrôle du royaume de son frère ; les enfants de Carloman sont écartés.

Prochain épisode

Charlemagne : le roi des Francs à la conquête d’un empire.

Seul à la tête du royaume, Charles va engager des campagnes qui transformeront l’équilibre de l’Occident. Nous suivrons ses conquêtes, sa manière de gouverner et le chemin qui le conduira jusqu’à Rome, en l’an 800.

Sources et références

Sources consultées le 1er novembre 2026.

Gwladys VAZQUEZ

Préceptrice, coach scolaire et écrivaine publique, fondatrice de L’École de Gwladys.

https://www.lecoledegwladys.fr
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Pépin le Bref : comment le fils de Charles Martel est-il devenu roi des Francs ?