D’Ormuz à Bab el-Mandeb : pourquoi quelques kilomètres de mer peuvent-ils faire trembler l’économie mondiale ?

Géopolitique — Septembre 2026

Ils ne représentent que quelques kilomètres sur une carte. Pourtant, lorsqu’un détroit stratégique est menacé, ce sont les cours de l’énergie, les routes commerciales, les assurances maritimes et parfois les relations entre grandes puissances qui peuvent être affectés.

En septembre 2026, l’actualité du détroit de Bab el-Mandeb, entre la péninsule Arabique et la Corne de l’Afrique, en fournit une spectaculaire illustration.

Mais pourquoi certains passages maritimes possèdent-ils une telle importance ?

Et surtout :

Comment le contrôle des détroits stratégiques peut-il devenir un instrument de puissance dans les relations internationales ?

Qu’est-ce qu’un détroit stratégique ?

Un détroit est un passage maritime naturel et relativement étroit reliant deux espaces maritimes.

Tous les détroits n’ont cependant pas la même importance.

Certains constituent de véritables points de passage obligés de la mondialisation. Une part considérable du commerce international et des approvisionnements énergétiques y est concentrée.

On parle alors fréquemment de chokepoints, littéralement des « points d’étranglement ».

Parmi les plus importants figurent :

  • le détroit d’Ormuz, entre le golfe Persique et le golfe d’Oman ;

  • le détroit de Bab el-Mandeb, entre la mer Rouge et le golfe d’Aden ;

  • le détroit de Malacca, entre la péninsule Malaise et l’île indonésienne de Sumatra.

À cette liste s’ajoute le canal de Suez. Il ne s’agit pas d’un détroit naturel, mais d'un passage artificiel tout aussi essentiel aux échanges mondiaux.

Cette concentration des flux constitue à la fois une force et une faiblesse de la mondialisation : plus un passage est indispensable, plus sa perturbation peut avoir des conséquences bien au-delà de sa région.

Bab el-Mandeb : une petite porte entre deux mondes

Le nom Bab el-Mandeb signifie traditionnellement « porte des lamentations » ou « porte des larmes ».

Le détroit sépare la péninsule Arabique de la Corne de l’Afrique et relie la mer Rouge au golfe d’Aden, puis à la mer d’Arabie et à l’océan Indien.

Il se trouve donc sur l'une des grandes routes maritimes reliant l'Asie à l'Europe via le canal de Suez.

À son point stratégique, l'espace maritime est extrêmement resserré : entre l'île de Périm et la côte africaine, la largeur est d'environ 29 kilomètres.

Description : Carte du détroit de Bab el-Mandeb, entre le Yémen et la Corne de l’Afrique, reliant la mer Rouge au golfe d’Aden.
Crédit image : Wikimedia Commons — carte de Bab el-Mandeb, d’après OpenStreetMap — licence libre.

mage 2 — Vue satellite de Bab el-Mandeb

Celle-ci est la plus simple juridiquement : source NASA, donc domaine public pour cette image.

Description : Vue satellite du détroit de Bab el-Mandeb, entre la péninsule Arabique et la Corne de l’Afrique.
Crédit image : NASA World Wind / Wikimedia Commons — domaine public.

Cette géographie explique une partie de son importance.

Un navire venant de l'océan Indien et souhaitant rejoindre la Méditerranée par Suez doit emprunter Bab el-Mandeb. À l'inverse, contourner ce passage impose généralement de descendre autour de l'Afrique et de passer par le cap de Bonne-Espérance, ce qui allonge considérablement le trajet.

L'expérience récente l'a déjà montré. À partir de 2023, les attaques contre des navires en mer Rouge ont conduit certains armateurs à privilégier cette route plus longue et plus coûteuse autour de l'Afrique. L'Energy Information Administration américaine constate que les flux pétroliers passant par Bab el-Mandeb avaient ainsi fortement diminué en 2024 et au premier semestre 2025.

Pourquoi Bab el-Mandeb revient-il au centre de l’actualité en septembre 2026 ?

Le détroit se situe au contact du Yémen, pays marqué par des années de guerre et de rivalités régionales.

En septembre 2026, les forces houthistes, soutenues par l'Iran, ont réalisé une importante avancée le long de la côte yéménite de la mer Rouge.

Elles ont notamment pris Mokha, progressé vers le détroit et atteint l'île stratégique de Périm, située au cœur de Bab el-Mandeb. Reuters rapporte également la prise de plusieurs positions et îles permettant aux Houthis d'accroître leur influence sur cet espace maritime.

Le 16 septembre, Reuters décrivait cette progression comme un important revers stratégique pour l'Arabie saoudite et soulignait qu'elle renforçait la capacité de l'Iran et de ses alliés à peser sur une voie essentielle aux approvisionnements énergétiques mondiaux.

Il faut toutefois être précis : contrôler les côtes ou disposer de moyens permettant de menacer un détroit ne signifie pas automatiquement pouvoir interrompre durablement toute navigation.

En géopolitique, la nuance est essentielle.

Ce qui compte est également la capacité à créer un risque.

Si les compagnies maritimes considèrent une route comme trop dangereuse, elles peuvent modifier leurs itinéraires. Les primes d'assurance peuvent augmenter. Les États peuvent renforcer leur présence militaire. Les coûts de transport peuvent s'accroître.

Ainsi, un acteur qui ne possède pas une immense flotte militaire peut malgré tout acquérir un moyen de pression considérable.

Le pétrole au cœur de l’enjeu

Bab el-Mandeb n'est pas seulement une route commerciale.

C'est également une route énergétique majeure.

Les dernières données complètes publiées par l'Energy Information Administration montrent qu'environ 8,1 millions de barils de pétrole et de produits pétroliers par jour ont transité par Bab el-Mandeb au deuxième trimestre 2026.

Le chiffre permet de mesurer l'enjeu.

Mais Bab el-Mandeb n'est qu'une pièce d'un système beaucoup plus vaste.

Ormuz : l’autre verrou du golfe

Plus à l'est se trouve un autre passage stratégique majeur : le détroit d'Ormuz.

Il relie le golfe Persique au golfe d'Oman et à l'océan Indien.

Pour plusieurs grands producteurs d'hydrocarbures du Golfe, il constitue historiquement une voie d'exportation essentielle.

Arabie saoudite, Iran, Irak, Koweït, Qatar ou Émirats arabes unis sont donc directement concernés par la sécurité de cette région.

La conséquence géopolitique est majeure :

une crise autour d'Ormuz peut devenir très rapidement une question internationale.

États producteurs, pays consommateurs, puissances militaires et compagnies maritimes ont tous intérêt, pour des raisons différentes, à la sécurité des routes énergétiques.

Suez : raccourcir le monde

Après Bab el-Mandeb et la mer Rouge se trouve un autre passage fondamental : le canal de Suez.

Ouvert en 1869, il permet aux navires de relier la Méditerranée et la mer Rouge sans contourner l'Afrique.

Bab el-Mandeb et Suez fonctionnent donc en quelque sorte comme les deux extrémités d'un même corridor maritime.

Si Bab el-Mandeb devient trop dangereux, l'intérêt de la route par Suez diminue pour les navires concernés.

C'est ce qui explique pourquoi un conflit au Yémen peut avoir des répercussions sur des entreprises et des consommateurs situés à plusieurs milliers de kilomètres.

Malacca : le géant asiatique

À plusieurs milliers de kilomètres de là, le détroit de Malacca constitue un autre exemple spectaculaire.

Situé entre l'Indonésie, la Malaisie et Singapour, il est l'un des principaux passages reliant l'océan Indien à l'Asie orientale.

Les données de l'EIA montrent qu'il fait partie des plus importants points de transit pétrolier du monde.

Sa situation est particulièrement importante pour les grandes économies asiatiques.

Une perturbation durable de Malacca obligerait une partie des navires à emprunter des itinéraires alternatifs plus longs.

Nous retrouvons donc le même principe :

un espace réduit peut commander l'accès à un espace immense.

Contrôler un détroit, est-ce contrôler le monde ?

Non.

Mais disposer de la capacité de surveiller, protéger, perturber ou menacer un passage stratégique procure un véritable moyen d'influence.

C'est pourquoi ces espaces concentrent souvent :

  • des bases militaires ;

  • des forces navales ;

  • des systèmes de surveillance ;

  • des alliances internationales ;

  • des rivalités entre puissances ;

  • des opérations destinées à sécuriser la navigation.

Les détroits permettent ainsi de comprendre une notion fondamentale de la géopolitique :

la puissance dépend non seulement de la superficie d'un territoire, mais aussi de sa position.

Un petit territoire, une île ou quelques kilomètres de côte peuvent posséder une valeur stratégique considérable s'ils permettent d'agir sur une route essentielle.

Ce que Bab el-Mandeb nous apprend sur la mondialisation

Nous imaginons parfois la mondialisation comme un réseau presque immatériel : informations instantanées, marchés financiers, Internet, échanges numériques…

Pourtant, une immense partie de l'économie mondiale repose toujours sur une réalité très concrète :

des marchandises transportées physiquement d'un continent à l'autre.

La mondialisation dépend donc de ports, de navires, de canaux et de détroits.

Et plus les échanges empruntent les mêmes passages, plus ces passages deviennent stratégiques.

Bab el-Mandeb constitue ainsi un remarquable exemple de vulnérabilité géographique de la mondialisation.

Le lien avec le programme HGGSP

Pour les élèves suivant la spécialité Histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques, cette actualité constitue un excellent exemple à connaître.

Elle permet notamment de travailler plusieurs notions :

puissance — territoire — acteurs étatiques et non étatiques — conflit asymétrique — ressources — flux — routes maritimes — rivalités de puissance — sécurisation des échanges.

Pour les élèves de Terminale qui passeront le bac en 2027, une précision est importante.

Le nouveau système de rotation des thèmes prévoit que quatre thèmes de Terminale pourront être évalués à l'épreuve écrite lors des sessions impaires :

Faire la guerre, faire la paix ; Identifier, protéger et valoriser le patrimoine ; L'environnement ; L'enjeu de la connaissance.

Le thème « De nouveaux espaces de conquête » n'est donc pas directement évaluable à l'épreuve terminale de la session 2027.

En revanche, le Bulletin officiel précise que les notions acquises en Première peuvent être mobilisées lors de l'épreuve.

L'actualité de Bab el-Mandeb peut surtout nourrir la réflexion autour de « Faire la guerre, faire la paix » : multiplication des acteurs, internationalisation des conflits, stratégies indirectes, rapports de force régionaux et conséquences mondiales d'un conflit local.

Elle constitue également un excellent exemple pour le programme de géographie consacré aux mers et océans dans la mondialisation.

À retenir

Un détroit stratégique est bien davantage qu'un simple passage entre deux terres.

Ormuz, Bab el-Mandeb et Malacca montrent comment la géographie peut devenir un instrument de puissance.

Ils concentrent des flux indispensables à l'économie mondiale mais constituent, précisément pour cette raison, des espaces particulièrement vulnérables.

L'actualité de septembre 2026 à Bab el-Mandeb le rappelle avec force : un conflit local peut affecter une route mondiale et transformer quelques kilomètres de mer en enjeu géopolitique international.

C'est tout l'intérêt de la géopolitique : comprendre que derrière une carte se cachent des flux, des intérêts, des acteurs et des rapports de force.

Sources principales

Pour cet article, je privilégierais sur ton site les sources institutionnelles et les sources de référence : l'Energy Information Administration — World Oil Transit Chokepoints pour les données sur les flux pétroliers ; le Bulletin officiel — épreuve HGGSP à compter de la session 2026 pour le lien avec le bac ; et Éduscol — programmes et ressources HGGSP pour le programme. Pour l'actualité de septembre 2026, les dépêches Reuters des 10 au 16 septembre documentent l'évolution récente autour de Bab el-Mandeb.

Gwladys VAZQUEZ

Préceptrice et coach scolaire, fondatrice de L’École de Gwladys.

https://www.lecoledegwladys.fr
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