Mon enfant, mon ado, sa scolarité… et moi

Illustration : Illustration originale représentant un parent face aux questions et aux émotions liées à la scolarité de son enfant ou de son adolescent.

Crédit image : © L’École de Gwladys — illustration créée avec l’aide de l’intelligence artificielle, 2026.

Parce que l’adulte aussi a besoin d’être entendu.

Lorsqu’un enfant rencontre une difficulté scolaire, les regards se tournent naturellement vers lui.

Comment vit-il cette mauvaise note ? A-t-il compris la consigne ? Manque-t-il de méthode, de confiance ou de motivation ? De quoi aurait-il besoin pour progresser ?

Toutes ces questions sont légitimes. Mais il en manque souvent une :

Et le parent, comment vit-il tout cela ?

Car derrière une copie rendue, un devoir oublié, une moyenne qui baisse ou une orientation incertaine, il y a parfois un adulte inquiet, fatigué, déçu, démuni ou simplement lassé de devoir penser à tout.

Reconnaître ce vécu ne revient pas à placer le parent au centre de la scolarité de son enfant. Cela revient à lui rendre une place dans une histoire qu’il traverse, lui aussi.

La scolarité ne reste pas à la porte de la maison

La scolarité appartient d’abord à l’élève, mais ses effets dépassent largement les murs de l’établissement.

Elle entre dans la vie familiale par :

  • les horaires et les trajets ;

  • les devoirs et les révisions ;

  • les messages de l’établissement ;

  • les changements d’emploi du temps ;

  • les rendez-vous avec les enseignants ;

  • les aménagements à demander ou à renouveler ;

  • les choix d’orientation ;

  • les inscriptions, les examens et les résultats ;

  • les dépenses, le matériel et parfois les cours supplémentaires.

À cette organisation visible s’ajoute une charge moins facile à mesurer : anticiper, rappeler, vérifier, s’inquiéter, chercher une solution et tenter de savoir quand intervenir.

Même lorsque l’enfant gagne en autonomie, le parent ne dispose pas toujours d’un bouton permettant de mettre l’ENT, Parcoursup ou les échéances scolaires en mode silencieux.

Il peut donc aimer profondément son enfant et trouver, malgré tout, sa scolarité lourde à porter par moments. Les deux réalités peuvent coexister.

Des consignes contradictoires pour les parents

Le parent reçoit souvent des recommandations qui semblent toutes raisonnables… mais qui deviennent difficiles à concilier :

  • Soyez présent, mais ne le surveillez pas.

  • Aidez-le, mais ne faites pas à sa place.

  • Laissez-le devenir autonome, mais réagissez avant qu’il ne soit trop tard.

  • Posez un cadre, mais ne lui mettez pas de pression.

  • Faites-lui confiance, mais vérifiez tout de même son travail.

  • Prenez du recul, mais ne minimisez pas ses difficultés.

Autrement dit, il faudrait trouver en permanence la distance idéale avec une cible qui se déplace à mesure que l’enfant grandit.

Il n’est donc pas anormal d’hésiter. Une réponse adaptée à un collégien peut devenir maladroite avec un lycéen. Ce qui fonctionne pendant une période calme peut ne plus suffire à l’approche d’un examen. Et deux enfants d’une même famille peuvent avoir besoin d’accompagnements très différents.

Le doute parental n’est pas forcément le signe d’une incapacité. Il peut être la conséquence naturelle d’une situation complexe et changeante.

Le parent aussi a le droit de ressentir

Lorsque son enfant souffre ou se met en difficulté, le parent peut ressentir :

  • de la peur pour son avenir ;

  • de l’impuissance ;

  • de la colère ;

  • de la culpabilité ;

  • de la honte face au regard des autres ;

  • de la fatigue devant des problèmes qui se répètent ;

  • de la tristesse en le voyant perdre confiance ;

  • ou même du soulagement lorsqu’il accepte enfin une aide.

Aucune de ces émotions ne fait, à elle seule, de quelqu’un un mauvais parent.

Une méta-analyse publiée en 2024, portant sur des enfants d’âge scolaire, a relevé une association entre le stress parental et les difficultés émotionnelles ou comportementales des enfants. Ce résultat ne signifie pas que les parents seraient responsables de tout ce que vit leur enfant. Les études réunies ne permettent pas d’établir une causalité simple : le stress du parent et les difficultés de l’enfant s’inscrivent dans une dynamique familiale où de nombreux facteurs peuvent interagir.

Le message utile est ailleurs : le bien-être du parent mérite d’être soutenu, lui aussi. Non pas comme un luxe ajouté lorsque tout le reste sera réglé, mais comme une composante de l’équilibre familial.

Être entendu sans demander à l’enfant de nous réparer

Reconnaître les émotions du parent ne signifie pas les déposer entièrement sur les épaules de l’enfant.

Un adolescent ne devrait pas avoir à rassurer son parent sur sa valeur, son avenir ou la réussite de toute la famille. Mais il n’est pas nécessaire non plus de jouer en permanence le rôle d’un adulte parfaitement impassible.

Il est possible de parler avec sincérité tout en conservant les rôles de chacun :

« Cette situation m’inquiète, mais ce n’est pas à toi de me rassurer. Nous allons chercher une solution. »

« Je suis agacé et je préfère attendre un peu pour que nous puissions en parler calmement. »

« Je ne sais pas encore quoi faire. Je vais me renseigner. »

« Ce résultat m’inquiète, mais il ne change ni ce que je pense de toi ni la confiance que j’ai dans ta capacité à progresser. »

Dans une étude menée auprès de 66 mères et de leur adolescent, les jeunes livraient des récits moins détaillés lorsqu’ils percevaient leur mère comme moins accueillante envers leurs émotions négatives et lorsque celle-ci éprouvait elle-même davantage de détresse.

Il s’agit d’une étude de taille limitée, qui ne permet pas d’établir une règle valable pour toutes les familles. Elle rappelle néanmoins qu’un parent a parfois besoin de trouver un espace adulte où déposer son inquiétude afin de rester disponible lorsque son enfant vient lui parler.

Cet espace peut être un conjoint, un proche, un groupe de parents, un interlocuteur de l’établissement scolaire, un professionnel de l’accompagnement ou un professionnel de santé.

Le parent n’a pas à devenir le professeur de la maison

Lorsqu’un enfant rencontre des difficultés, le parent peut finir par cumuler les fonctions : organisateur, répétiteur, contrôleur, conseiller d’orientation, médiateur et gardien du calendrier.

À force de vouloir aider, la relation familiale peut se réduire à une succession de rappels :

« Tu as fait tes devoirs ? »
« Tu as appris ton contrôle ? »
« Tu as rendu ton dossier ? »
« Tu as regardé les messages ? »

Une méta-analyse réunissant 28 études et plus de 378 000 participants a trouvé une relation globale très faible et négative entre l’implication parentale dans les devoirs et les résultats scolaires.

Ce chiffre doit être interprété avec prudence : les parents interviennent souvent davantage lorsque leur enfant est déjà en difficulté, et une association ne prouve pas que leur aide fait baisser les résultats.

Le résultat le plus intéressant concerne la forme de l’aide : parmi les dimensions étudiées, seul le soutien à l’autonomie était positivement associé aux résultats.

Le parent n’a donc pas besoin de connaître toutes les réponses ni de corriger tous les exercices pour être utile. Son rôle peut consister à :

  • aider l’enfant à identifier sa priorité ;

  • lui demander ce qu’il a déjà compris ;

  • l’encourager à chercher ou à demander une explication ;

  • aménager un cadre de travail possible ;

  • contacter l’établissement lorsqu’une situation le nécessite ;

  • passer le relais lorsque la relation familiale commence à souffrir.

Dire « je ne sais pas » n’est pas un abandon. C’est parfois la réponse la plus honnête, à condition de pouvoir ajouter :

« Mais nous pouvons chercher à qui poser la question. »

Ce que le parent a aussi le droit de dire

Le parent a le droit de dire :

  • « Je ne peux pas être disponible immédiatement. »

  • « Je veux bien t’aider, mais je ne ferai pas ce travail à ta place. »

  • « Je ne comprends pas cette consigne non plus. »

  • « Nous avons besoin d’une information plus claire de la part de l’établissement. »

  • « Ce soir, nous arrêtons : la fatigue ne nous permet plus de travailler correctement. »

  • « Cette difficulté dépasse ce que je peux gérer seul. »

  • « J’ai besoin que quelqu’un m’écoute avant de me donner une nouvelle liste de conseils. »

Poser une limite ne signifie pas se désengager. Cela peut éviter que l’aide donnée dans l’épuisement se transforme en tension, en contrôle permanent ou en conflit.

Quatre questions pour retrouver un peu de clarté

Quand l’inquiétude monte, tout semble urgent. Avant d’agir, le parent peut prendre quelques minutes pour distinguer quatre éléments.

1. Quel est le fait précis ?

« Il a obtenu 7 sur 20 à cette évaluation. »

Le fait n’est pas encore :

« Il va rater toute son année. »

Cette seconde phrase est une crainte. Elle mérite d’être entendue, mais elle ne doit pas être confondue avec une certitude.

2. Qu’est-ce qui m’inquiète réellement ?

La note elle-même ? Le manque de travail ? Une difficulté qui se répète ? La peur de l’orientation ? Le souvenir de sa propre scolarité ? Le regard de l’entourage ?

Nommer la véritable inquiétude évite parfois de mener le mauvais combat.

3. À qui appartient la prochaine action ?

Certaines actions appartiennent à l’élève, d’autres au parent, à l’enseignant ou à un professionnel.

Le parent peut prendre rendez-vous ou chercher un soutien. L’élève peut reprendre sa copie, noter une question ou essayer une nouvelle méthode. L’établissement peut expliquer une attente, proposer un aménagement ou signaler une difficulté observée en classe.

Tout ne repose pas sur une seule personne.

4. Qu’est-ce qui doit vraiment être réglé aujourd’hui ?

Une mauvaise note ne réclame pas toujours un sommet familial le soir même.

Parfois, la seule action utile consiste à choisir le moment où l’on en reparlera plus calmement.

Préserver une relation qui ne parle pas uniquement d’école

Lorsque les difficultés durent, l’école peut devenir une sorte de troisième convive à table : toujours présente, rarement invitée et particulièrement bavarde.

Le parent peut alors avoir l’impression que chaque échange doit servir à motiver, corriger, organiser ou rassurer. L’enfant, de son côté, peut finir par éviter toute conversation, de peur qu’elle ne revienne aux résultats scolaires.

Préserver des moments sans école n’est pas ignorer le problème. C’est rappeler que la relation entre un parent et son enfant est plus vaste qu’un bulletin.

Un repas, une promenade, une série, une recette, un trajet en voiture ou une plaisanterie partagée peuvent redevenir des moments qui n’ont aucun objectif pédagogique.

L’enfant a besoin de sentir qu’il existe en dehors de ses résultats. Le parent a également besoin de retrouver son enfant autrement qu’à travers les devoirs à rendre.

Fatigue ordinaire ou épuisement plus profond ?

Tous les parents connaissent des périodes de fatigue, d’irritation ou de découragement. Cela ne signifie pas qu’ils traversent un épuisement parental.

Les recherches décrivent le burn-out parental à travers plusieurs dimensions : un épuisement intense lié au rôle de parent, une prise de distance émotionnelle, le sentiment de ne plus se reconnaître comme parent et la saturation vis-à-vis de ce rôle.

L’idée centrale n’est pas de poser soi-même un diagnostic, mais de repérer une souffrance qui dure et ne se résorbe plus avec le repos habituel.

Les travaux consacrés au sujet insistent notamment sur le déséquilibre chronique entre les exigences qui pèsent sur le parent et les ressources dont il dispose pour y faire face.

Lorsque l’épuisement devient persistant, que les conflits s’intensifient, que le parent se sent constamment à bout ou qu’il craint de perdre le contrôle, demander de l’aide est une mesure de protection, pas un aveu d’échec.

Un médecin, un psychologue ou un professionnel de l’accompagnement familial pourra aider à évaluer la situation et à trouver un soutien adapté.

Le parent n’a pas besoin d’une nouvelle note

Lorsqu’il ose dire qu’il n’en peut plus, le parent reçoit parfois immédiatement des solutions : lâcher prise, mieux s’organiser, faire confiance, prendre du temps pour soi.

Ces conseils peuvent être pertinents. Mais ils arrivent parfois avant la phrase dont il avait réellement besoin :

« Je comprends que ce soit difficile. »

Être entendu ne résout pas tout. Cela permet cependant de ne plus rester seul avec ce que l’on porte.

Un parent n’a pas besoin d’être évalué une fois de plus. Il a besoin que l’on distingue ce qu’il peut changer, ce qui ne dépend pas de lui et l’aide concrète qui pourrait alléger la situation.

La scolarité de son enfant ne mesure ni son amour, ni sa compétence, ni sa valeur comme parent.

Accompagner l’élève, c’est aussi reconnaître sa famille

À L’École de Gwladys, écouter la famille ne signifie pas demander au parent d’en faire davantage.

Cela signifie comprendre ce qui se passe autour du travail scolaire : les tensions, les contraintes, les tentatives déjà faites, les inquiétudes et ce que chacun peut raisonnablement porter.

Parfois, l’aide la plus utile pour l’élève consiste aussi à rendre au parent son rôle de parent, plutôt que de le laisser devenir le professeur permanent de la maison.

Parce qu’un élève mérite d’être compris avant d’être évalué.

Et parce que l’adulte qui l’accompagne mérite, lui aussi, d’être entendu.

Et vous, qu’est-ce qui vous pèse le plus dans la scolarité de votre enfant : l’inquiétude, l’organisation, les conflits, le sentiment de devoir tout anticiper ou la difficulté à savoir quand intervenir ?

L’École de Gwladys
www.lecoledegwladys.fr

Sources scientifiques

  • Ribas L. H. et al., The role of parental stress on emotional and behavioral problems in offspring: A systematic review with meta-analysis, Jornal de Pediatria, 2024.
    https://doi.org/10.1016/j.jped.2024.02.003

  • Wei J. et al., Parental Homework Involvement and Students’ Achievement: A Three-Level Meta-Analysis, Psicothema, 2024.
    https://doi.org/10.7334/psicothema2023.92

  • Gamache Martin C., Kim H. K. et Freyd J. J., In the spirit of full disclosure: Maternal distress, emotion validation, and adolescent disclosure of distressing experiences, Emotion, 2018.
    https://doi.org/10.1037/emo0000363

  • Roskam I., Brianda M.-E. et Mikolajczak M., A Step Forward in the Conceptualization and Measurement of Parental Burnout: The Parental Burnout Assessment, Frontiers in Psychology, 2018.
    https://doi.org/10.3389/fpsyg.2018.00758

  • Mikolajczak M. et Roskam I., A Theoretical and Clinical Framework for Parental Burnout: The Balance Between Risks and Resources, Frontiers in Psychology, 2018.
    https://doi.org/10.3389/fpsyg.2018.00886

Gwladys VAZQUEZ

Préceptrice et coach scolaire, fondatrice de L’École de Gwladys.

https://www.lecoledegwladys.fr
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