À la Saint-Glinglin : mais c’est quand, exactement ?

Illustration : calendrier posé sur une table, cloche, livres anciens et décor lumineux de village, avec le titre « À la Saint-Glinglin — Mais c’est quand, exactement ? ». Une case mystérieuse du calendrier est marquée d’un point d’interrogation pour évoquer cette date introuvable.

Crédit : création IA — L’École de Gwladys.

« Je rangerai le garage à la Saint-Glinglin. »

« Il me remboursera à la Saint-Glinglin. »

« Oui, oui, je m’en occupe… à la Saint-Glinglin ! »

Voilà une date qui semble décidément très pratique. On peut y reporter les corvées, les remboursements, les bonnes résolutions et, probablement, deux ou trois dossiers que l’on préférerait oublier.

Seulement voilà : quand tombe exactement la Saint-Glinglin ?

Petit problème : vous pouvez chercher dans votre calendrier, retourner toutes les pages et même vérifier l’année prochaine…

Saint Glinglin n’existe pas.

Bienvenue dans la saison 2 de nos expressions françaises. Après avoir voyagé vers des destinations parfois bien réelles et parfois franchement imaginaires, nous allons cette fois nous promener dans le temps.

Et pour commencer, autant choisir une date qui n’existe pas.

Que signifie « à la Saint-Glinglin » ?

Dire qu’une chose arrivera à la Saint-Glinglin, c’est annoncer qu’elle arrivera :

  • à une date indéterminée ;

  • dans très longtemps ;

  • ou, plus franchement… jamais.

Quand quelqu’un vous promet :

« Je te le rendrai à la Saint-Glinglin »,

mieux vaut donc ne pas organiser votre journée autour de cette échéance.

L’expression appartient au registre familier et est encore parfaitement comprise aujourd’hui.

Mais pourquoi avons-nous inventé ce pauvre saint qui n’a jamais existé ?

Saint Glinglin figure-t-il vraiment dans le calendrier ?

Non.

Il n’existe officiellement aucun saint Glinglin dont la fête permettrait de fixer cette mystérieuse date.

Et c’est précisément tout l’intérêt de l’expression.

Reporter quelque chose à la Saint-Glinglin revient à choisir une date impossible à trouver dans le calendrier.

Une manière beaucoup plus imagée de dire :

« Ce n’est pas près d’arriver. »

Ou même :

« Tu peux toujours attendre. »

Mais d’où vient « Glinglin » ?

C’est ici que l’histoire devient plus mystérieuse.

L’origine exacte du mot glinglin n’est pas totalement certaine.

Une explication souvent avancée rapproche l'expression d'anciens mots liés au son des cloches.

Le mot seing, issu du latin signum, a autrefois pu désigner un signal, puis une sonnerie de cloche. On le rapproche également du verbe dialectal glinguer, qui signifiait « sonner » ou « résonner ».

Et lorsque les cloches sonnent…

gling, gling !

Difficile de ne pas entendre quelque chose.

Avec le temps, le mot aurait été compris ou transformé comme le nom imaginaire d’un saint : Saint Glinglin.

Une sorte de patron officiel des rendez-vous qui n’auront jamais lieu.

Mais les dictionnaires restent prudents : cette origine est vraisemblable, sans être absolument certaine.

Une expression attestée depuis le XIXe siècle

L’expression apparaît dans la langue française au XIXe siècle.

Depuis, elle s’est confortablement installée dans notre vocabulaire.

Et elle n’est pas seule.

Le français possède une remarquable collection d’expressions permettant d’éviter de dire simplement « jamais ».

On peut ainsi remettre quelque chose :

  • aux calendes grecques ;

  • quand les poules auront des dents ;

  • à la semaine des quatre jeudis ;

  • à Pâques ou à la Trinité ;

  • ou, bien sûr, à la Saint-Glinglin.

Visiblement, lorsqu’il s’agit de repousser une échéance, notre langue ne manque pas d’imagination.

Mais pourquoi inventer une date ?

Parce que l’expression fonctionne grâce à un petit piège.

Une fête portant le nom d’un saint ressemble immédiatement à une véritable date du calendrier.

Saint Nicolas, Saint Valentin, Saint Patrick…

Alors pourquoi pas Saint Glinglin ?

Celui qui ne connaît pas l’expression pourrait presque demander :

« D’accord… mais c’est quel jour ? »

Et c’est précisément là que réside la plaisanterie.

Il n’y en a pas.

La date semble exister grammaticalement, culturellement et presque administrativement…

mais elle reste introuvable.

Et ailleurs dans le monde ?

Les Français ne sont évidemment pas les seuls à avoir inventé des façons pittoresques de dire « jamais ».

Dans différentes langues, on rencontre des expressions reposant sur le même principe : imaginer un événement impossible, une date inexistante ou une situation tellement improbable qu’elle ne devrait jamais se produire.

Comme quoi, repousser quelque chose indéfiniment semble être une activité assez universelle.

Nous avons simplement choisi de confier cette mission à un saint qui n’existe pas.

Alors, quand tombe la Saint-Glinglin ?

Jamais.

Et c’est justement pour cela qu’elle est si pratique.

Elle ne tombe ni un lundi, ni un dimanche.

Elle ne figure dans aucun agenda.

Elle ne nécessite aucun rappel sur votre téléphone.

Et personne ne pourra vraiment vous reprocher d’avoir manqué l’échéance.

Enfin…

si quelqu’un vous annonce qu’il vous remboursera à la Saint-Glinglin, vous êtes maintenant prévenu.

Prochaine escale dans le temps…

Pour notre prochaine expression, inutile de consulter le calendrier.

Nous attendrons simplement que quelques gallinacés prennent rendez-vous chez le dentiste.

Prochain épisode : « Quand les poules auront des dents ».

Parce que comprendre les mots, c’est aussi découvrir toutes les petites histoires qu’ils transportent avec eux.

Illustration : ambiance champêtre et ensoleillée, panneau en bois « Prochaine destination… Quand les poules auront des dents ! », poule souriante en tenue de voyage, valise vintage, carte, carnet, boussole et décor de campagne pour annoncer la prochaine expression de la série.

Crédit : création IA — L’École de Gwladys.

Gwladys VAZQUEZ

Préceptrice et coach scolaire, fondatrice de L’École de Gwladys.

https://www.lecoledegwladys.fr
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Quand les poules auront des dents : et si l'impossible avait déjà existé ?