Clotaire II, le fils de Frédégonde qui réunifie le royaume franc
Évocation de Clotaire II en 613, recevant le ralliement des grands d’Austrasie et de Bourgogne après la chute de Brunehaut. Devenu seul roi des Francs, il réunit les différents royaumes sous son autorité. Illustration créée par intelligence artificielle : aucun portrait authentique de Clotaire II ne nous étant parvenu, son visage, le décor et la scène représentée sont imaginés à partir du contexte historique.
Clotaire II : le fils de Frédégonde qui réunifie le royaume franc
Dans l’épisode précédent, Brunehaut et Frédégonde s’affrontaient à travers leurs fils, leurs petits-fils et les royaumes francs qu’elles cherchaient à préserver. Leur rivalité paraissait devoir se prolonger sans fin. Pourtant, en 613, un seul roi finit par s’imposer : Clotaire II, le fils de Frédégonde.
Son triomphe n’avait rien d’évident. Clotaire avait été proclamé roi alors qu’il n’était encore qu’un nourrisson. Il avait grandi dans un royaume menacé, perdu une grande partie de ses territoires et frôlé la disparition politique. Pendant longtemps, il avait semblé être le plus faible des souverains mérovingiens.
Il allait pourtant régner pendant près de quarante-cinq ans et réunir sous son autorité la Neustrie, l’Austrasie et la Burgondie. Cette réussite ne doit pas être racontée comme la victoire solitaire d’un grand conquérant. Clotaire profita des divisions de ses adversaires, s’appuya sur les élites qui abandonnèrent Brunehaut et accepta de gouverner avec les grands et les évêques.
Son histoire est donc celle d’un survivant, mais aussi celle d’un roi qui comprit qu’après des décennies de guerre civile, l’unité du royaume franc ne pouvait plus reposer uniquement sur la force.
Frédégonde protège son fils Clotaire II, proclamé roi de Neustrie alors qu’il n’est encore qu’un nourrisson. Illustration générée par intelligence artificielle avec OpenAI pour L’École de Gwladys, 2026. Les visages et la scène sont imaginés, aucun portrait authentique des personnages n’ayant été conservé.
Un roi âgé de quelques mois
Clotaire naît au printemps 584. Il est le fils du roi Chilpéric Ier de Neustrie et de la reine Frédégonde. Quelques mois plus tard, son père est assassiné à Chelles, dans des circonstances qui demeurent obscures.
L’enfant se trouve immédiatement en danger. Dans la famille mérovingienne, la naissance royale n’est jamais une protection suffisante. Les royaumes sont partagés entre les héritiers, les alliances changent rapidement et un garçon trop jeune pour se défendre peut être écarté, tonsuré ou tué.
Frédégonde présente donc son fils comme l’héritier légitime de Chilpéric. Elle sollicite la protection de Gontran, roi de Burgondie et frère du souverain assassiné. La paternité de l’enfant est mise en doute par ses ennemis, mais des serments sont prêtés pour l’attester. Gontran accepte finalement de protéger son neveu.
Le nourrisson reçoit le nom prestigieux de Clotaire, celui de son grand-père Clotaire Ier, qui avait réuni l’ensemble du royaume franc avant sa mort en 561. Le choix n’est pas anodin : il inscrit l’enfant dans la continuité de la dynastie et rappelle qu’il possède, lui aussi, des droits sur l’héritage mérovingien.
Clotaire II devient ainsi roi de Neustrie avant même de pouvoir parler. Sa cour gouverne en son nom, tandis que sa mère assure l’essentiel de la direction politique.
Frédégonde gouverne pour préserver son fils
Réduire Frédégonde à une mère protectrice serait trompeur. Les récits médiévaux lui attribuent de nombreuses intrigues et plusieurs meurtres, même si leur hostilité oblige à les lire avec prudence. Elle agit d’abord comme une reine déterminée à conserver le pouvoir et à assurer l’avenir de sa lignée.
Jusqu’à sa mort, en 597, elle maintient le royaume de Neustrie autour de son fils. Elle négocie, cherche des appuis et poursuit la lutte contre les descendants de Brunehaut. En 596, les Neustriens remportent notamment une victoire contre les jeunes rois d’Austrasie et de Burgondie lors d’une bataille généralement située près de Laffaux. Clotaire est encore un enfant : le placer symboliquement à la tête des troupes permet surtout de rappeler que l’armée combat au nom d’un roi légitime.
Il est impossible de savoir précisément comment Clotaire vécut cette enfance. Les chroniqueurs décrivent les actes des adultes, les alliances et les batailles, mais ils ne nous donnent pas accès aux sentiments du jeune roi. Nous pouvons seulement constater qu’il grandit dans un monde où presque tous ses proches sont susceptibles de devenir des ennemis et où son existence même constitue un enjeu politique.
Lorsque Frédégonde meurt, Clotaire a environ treize ans. Il reste entouré de conseillers, mais il ne peut plus compter sur la femme qui avait jusque-là dirigé le royaume en son nom. La Neustrie est encore debout, mais elle est entourée d’adversaires plus puissants.
Le jeune roi manque de tout perdre
Face à Clotaire se trouvent les deux fils de Childebert II et petits-fils de Brunehaut : Théodebert II règne en Austrasie et Thierry II en Burgondie. Malgré leurs rivalités futures, les deux frères s’allient d’abord contre le roi de Neustrie.
Vers 600, leurs armées infligent à Clotaire une lourde défaite près de Dormelles. Le jeune souverain doit abandonner une grande partie de ses territoires. Son autorité se trouve ramenée à un noyau situé dans le nord-ouest de la Gaule, autour de la basse Seine, de l’Oise et de la Manche.
À ce moment-là, rien ne permet de prévoir qu’il réunira un jour tous les royaumes francs. Clotaire n’est pas le prince le mieux entouré, ni le maître du territoire le plus vaste. Il est seulement celui qui demeure en vie.
Les années suivantes sont marquées par des combats, des trêves et des retournements d’alliance. Clotaire tente de récupérer les territoires perdus, sans obtenir de victoire décisive. Mais ses adversaires se déchirent. Théodebert II et Thierry II, qui avaient combattu ensemble la Neustrie, finissent par entrer en guerre l’un contre l’autre.
En 612, Thierry vainc son frère. Théodebert est capturé et disparaît peu après, probablement mis à mort avec l’accord du vainqueur. Thierry semble alors sur le point de dominer à la fois la Burgondie et l’Austrasie. Il prépare une campagne contre Clotaire, mais meurt brutalement en 613, vraisemblablement de maladie.
La situation bascule en quelques mois.
613 : les grands abandonnent Brunehaut
Après la mort de Thierry II, Brunehaut tente de préserver les droits de ses arrière-petits-fils. Elle fait reconnaître l’aîné, Sigebert II, comme roi et entend gouverner avec lui.
Mais une partie des grands d’Austrasie et de Burgondie refuse de continuer à la suivre. Parmi eux figurent des personnages appelés à jouer un rôle majeur, tels que Pépin de Landen et Arnoul de Metz en Austrasie, ainsi que Warnachaire en Burgondie. Certains négocient avec Clotaire ; d’autres refusent simplement de livrer bataille pour Brunehaut.
Clotaire avance donc moins comme un conquérant irrésistible que comme le bénéficiaire d’un effondrement politique. Lors de la rencontre décisive, l’armée placée sous l’autorité de Sigebert II se disperse. Brunehaut et plusieurs enfants royaux sont capturés.
Ce ralliement des élites est essentiel pour comprendre la suite. Les grands n’ont pas soutenu Clotaire gratuitement. Ils attendent du nouveau maître du royaume qu’il respecte leurs positions, leurs charges et l’autonomie des différents territoires francs. La réunification de 613 repose déjà sur un échange : ils reconnaissent un roi unique, mais celui-ci doit tenir compte de ceux qui lui ont ouvert la voie.
En 613, le ralliement de plusieurs grands d’Austrasie et de Burgondie permet à Clotaire II de s’imposer comme l’unique roi des Francs. Illustration générée par intelligence artificielle avec OpenAI pour L’École de Gwladys, 2026. Cette scène constitue une reconstitution symbolique des négociations et des changements d’alliance.
Une victoire sans innocence
La chute de Brunehaut met fin à plusieurs décennies de rivalités dynastiques, mais elle s’accompagne d’une violence extrême. Clotaire fait juger la vieille reine et l’accuse d’être responsable de la mort de nombreux souverains francs. Elle est torturée, exhibée devant l’armée, puis exécutée.
Le récit le plus détaillé de cette mort se trouve dans la Chronique dite de Frédégaire, rédigée plusieurs décennies après les événements. Cette chronique est très hostile à Brunehaut et favorable à l’ordre politique issu de la victoire de Clotaire. Ses détails les plus spectaculaires ne doivent donc pas être lus comme un reportage neutre.
Cela ne signifie pas que l’exécution soit une invention. Elle montre surtout que Clotaire ne cherche pas seulement à vaincre une adversaire : il veut la condamner publiquement, détruire sa légitimité et présenter sa propre victoire comme le rétablissement d’un ordre juste.
Sigebert II et au moins l’un de ses frères sont également tués. Les sources ne s’accordent pas parfaitement sur le sort de chacun des enfants. Mais l’objectif politique ne fait aucun doute : empêcher qu’un héritier de Thierry II puisse devenir le centre d’une nouvelle opposition.
En 613, à environ vingt-neuf ans, Clotaire II demeure le seul roi des Francs. Pour la première fois depuis la mort de son grand-père en 561, la Neustrie, l’Austrasie et la Burgondie reconnaissent un même souverain.
Réunifier n’est pas uniformiser
Il serait tentant de parler de la réunification de la France. Ce serait aller trop vite. Clotaire est roi des Francs, non roi de France au sens que ce titre prendra bien plus tard. Son royaume ne possède ni frontières nationales fixes, ni capitale permanente, ni administration centralisée comparable à celle d’un État moderne.
La Neustrie, l’Austrasie et la Burgondie conservent leurs identités, leurs réseaux aristocratiques et leurs habitudes de gouvernement. Chacune possède ses grands, ses évêques, ses officiers et son palais. Le roi se déplace avec sa cour entre plusieurs résidences afin de rendre la justice, recevoir les puissants et manifester son autorité.
Clotaire a donc réuni les royaumes sous une même couronne, mais il ne les a pas fondus dans un ensemble uniforme. Son pouvoir doit constamment composer avec des équilibres régionaux.
Cette limite n’enlève rien à l’importance de 613. Après des décennies de guerres entre branches de la famille mérovingienne, l’existence d’un seul roi rend possible une pacification et une réorganisation du pouvoir. Encore faut-il que le vainqueur transforme ses soutiens de circonstance en partenaires durables.
L’édit de Paris de 614 : le compromis d’un roi
En octobre 614, Clotaire réunit à Paris un grand concile auquel participent des évêques venus des différents royaumes francs. Quelques jours après sa clôture, une assemblée associant le roi, les évêques et les grands laïcs aboutit à la promulgation de ce que nous appelons l’édit de Paris.
Ce texte cherche notamment à mieux encadrer les nominations épiscopales, à protéger les biens et les droits de l’Église, à limiter certains abus commis par les agents royaux et à améliorer le fonctionnement de la justice. Il prévoit aussi que les responsables locaux soient choisis de manière à répondre réellement de leur conduite et de leurs décisions.
Pendant longtemps, l’édit a surtout été présenté comme une capitulation de la monarchie devant l’aristocratie et l’Église. Clotaire aurait acheté leur fidélité en abandonnant une partie de son pouvoir. Cette lecture contient une part de vérité : le roi confirme des privilèges et reconnaît le poids de ceux qui l’ont aidé à vaincre.
Les recherches récentes invitent cependant à la nuancer. L’édit est aussi une affirmation de l’autorité royale. C’est Clotaire qui promulgue la règle commune, rappelle les devoirs de ses agents et organise la coopération entre la couronne et les évêques. Le texte ne crée pas une monarchie faible ; il tente de reconstruire un gouvernement acceptable dans l’ensemble des royaumes réunis. L’étude du concile et de l’édit publiée par les Presses universitaires de Rennes insiste précisément sur cette double dimension : le respect des forces régionales et le renforcement d’une souveraineté royale reconnue.
Le souverain de 614 n’est donc plus le nourrisson que sa mère devait protéger, ni le jeune prince réduit à quelques territoires. Il se présente comme l’arbitre du royaume, le garant de la paix et de la justice. Son autorité repose sur la dynastie et sur la victoire, mais aussi sur sa capacité à faire travailler ensemble les puissances qui structurent la société franque.
En 614, Clotaire II réunit à Paris les évêques et les grands du royaume. L’édit qui en résulte cherche à encadrer le gouvernement, la justice et les relations entre la royauté et l’Église. Illustration générée par intelligence artificielle avec OpenAI pour L’École de Gwladys, 2026. La salle et les visages sont imaginés à partir du contexte historique.
Les évêques, des partenaires indispensables
Dans le royaume mérovingien, les évêques ne s’occupent pas seulement de questions religieuses. Ils appartiennent souvent aux grandes familles, administrent d’importants patrimoines et jouent un rôle public dans les villes. Ils peuvent transmettre des ordres, intervenir dans les conflits et donner au pouvoir royal une légitimité chrétienne.
Clotaire comprend l’intérêt de s’appuyer sur eux. Les relations ne sont pas toujours harmonieuses et le roi ne renonce pas à intervenir dans les affaires épiscopales. Mais le concile de Paris en 614, puis celui de Clichy en 626, montrent la volonté de construire un accord durable entre la royauté et l’Église.
Cette politique répond à une nécessité très concrète. Un roi qui domine plusieurs territoires, parle par l’intermédiaire de ses officiers et se déplace avec sa cour a besoin de relais locaux. Les évêques et les grands assurent ces relais. En retour, ils attendent du souverain qu’il protège leurs biens, fasse respecter la justice et ne confie pas les charges à des hommes entièrement étrangers aux régions qu’ils administrent.
La stabilité du règne de Clotaire naît en partie de cet équilibre. Ce n’est pas une administration moderne, mais un gouvernement fondé sur des relations personnelles, des serments, des assemblées et une négociation permanente.
623 : pourquoi Clotaire confie-t-il l’Austrasie à Dagobert ?
Dix ans après la réunification, les grands d’Austrasie réclament de nouveau un roi présent parmi eux. Ils supportent mal d’être gouvernés depuis la Neustrie et veulent retrouver une cour propre, capable de défendre leurs intérêts et leurs frontières.
En 623, Clotaire place donc son fils Dagobert sur le trône d’Austrasie. Le jeune roi est entouré de conseillers puissants, notamment Arnoul de Metz et Pépin de Landen.
Cette décision révèle les limites de l’unité réalisée en 613. Les identités régionales n’ont pas disparu, et le roi unique ne peut ignorer les demandes de l’aristocratie austrasienne. Mais elle témoigne aussi d’une certaine habileté. En choisissant lui-même Dagobert, Clotaire répond aux grands sans abandonner le royaume à une branche rivale : l’Austrasie reçoit son propre souverain, mais celui-ci est son fils.
Il ne s’agit donc ni d’un simple partage familial, ni d’un effondrement immédiat du pouvoir royal. Clotaire organise sa succession tout en adaptant le gouvernement aux réalités du royaume. Dagobert acquiert une expérience politique, tandis que la dynastie conserve le contrôle des différents territoires.
Un roi moins spectaculaire que sa mère, mais peut-être plus politique
Frédégonde et Brunehaut ont laissé dans les chroniques des portraits saisissants, chargés d’accusations, de crimes et de passions. Clotaire II apparaît souvent moins flamboyant. Pourtant, son long règne transforme durablement la situation héritée du VIe siècle.
Il survit à une enfance dangereuse, à la mort de sa mère, aux défaites et à la réduction de son royaume. Il attend que ses adversaires s’épuisent, accepte les ralliements décisifs et sait récompenser ceux qui l’ont soutenu. Après 613, il ne cherche pas à gouverner tous les territoires comme s’ils étaient identiques. Il établit un équilibre entre l’autorité de la couronne, les intérêts des aristocraties et la puissance des évêques.
Cela ne fait pas de lui un souverain pacifique au sens moderne. Son triomphe repose sur l’élimination brutale de Brunehaut et de plusieurs enfants royaux. Il n’est pas davantage le fondateur d’un État français déjà constitué. Sa réunification reste celle d’un ensemble de royaumes francs distincts.
Mais elle met fin, pour un temps, à la succession presque ininterrompue de guerres civiles qui avait suivi la mort de Clotaire Ier. Le règne connaît alors une stabilité suffisante pour permettre à son fils Dagobert de recueillir une monarchie plus solide que celle dont Clotaire avait hérité.
Que savons-nous vraiment de Clotaire II ?
Raconter Clotaire II exige de tenir compte de la nature de nos sources.
Grégoire de Tours est un témoin majeur pour les premières années du roi et pour le monde politique dans lequel Frédégonde agit. Mais son Histoire des Francs s’interrompt à la fin du VIe siècle. Grégoire est aussi un évêque engagé dans les conflits de son temps : ses jugements, particulièrement sévères envers Chilpéric et Frédégonde, ne sont jamais entièrement neutres. Une traduction de son œuvre est consultable dans la Medieval Sourcebook de l’université Fordham.
Pour les événements de 613 et la suite du règne, la Chronique dite de Frédégaire est incontournable. Elle a toutefois été composée plusieurs décennies plus tard, dans un monde dominé par la dynastie issue de Clotaire. Sa représentation très noire de Brunehaut contribue à justifier la victoire du roi. Des travaux récents sur les femmes dans cette chronique rappellent combien le récit du vainqueur a façonné leur mémoire (Early Medieval Europe).
Enfin, les textes législatifs, les actes royaux et les conciles offrent un autre regard. Ils racontent moins bien les batailles, mais montrent comment le pouvoir fonctionne réellement. L’édit de 614 révèle un roi soucieux de fixer des règles, de corriger les abus et d’associer les principales forces du royaume à son gouvernement.
Nous connaissons donc assez bien les décisions de Clotaire, beaucoup moins son caractère intime. Lui prêter des pensées, des peurs ou des ambitions précises serait séduisant, mais ce serait inventer ce que les documents ne disent pas.
La mort et l’héritage de Clotaire II
Clotaire II meurt en 629, après un règne exceptionnellement long commencé dans son berceau. Selon la Chronique dite de Frédégaire, il est enterré dans l’église Saint-Vincent de Paris, devenue plus tard l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés. Le passage et son contexte sont présentés par le projet de recherche Cult of Saints de l’université d’Oxford.
Son principal héritier est Dagobert, déjà roi d’Austrasie. Une contestation avec son demi-frère Caribert doit encore être réglée, mais l’essentiel du pouvoir reste entre les mains du fils que Clotaire avait préparé à régner.
L’héritage de Clotaire est paradoxal. Il a réuni le royaume franc, mais cette unité dépend du respect des équilibres régionaux. Il a renforcé la majesté royale, mais en donnant une place considérable aux évêques et aux grands. Il a restauré la paix, mais sa victoire a été scellée par une répression dynastique impitoyable.
Sa réussite tient peut-être précisément à ces contradictions. Clotaire II n’a pas supprimé les forces qui limitaient son pouvoir. Il les a intégrées à son gouvernement. Le nourrisson menacé de 584 est devenu, en 613, le seul roi des Francs parce qu’il a survécu plus longtemps que ses rivaux et compris mieux qu’eux les alliances nécessaires pour durer.
Repères chronologiques
584 : naissance de Clotaire II ; assassinat de son père Chilpéric Ier ; l’enfant est proclamé roi de Neustrie sous la protection de Frédégonde et de Gontran.
596 : victoire neustrienne près de Laffaux contre les rois d’Austrasie et de Burgondie.
597 : mort de Frédégonde ; Clotaire, âgé d’environ treize ans, poursuit son règne entouré de nouveaux conseillers.
Vers 600 : défaite de Dormelles ; le territoire contrôlé par Clotaire est fortement réduit.
612 : Thierry II bat son frère Théodebert II et domine l’Austrasie et la Burgondie.
613 : mort de Thierry II ; abandon de Brunehaut par une partie des grands ; victoire de Clotaire, exécution de Brunehaut et réunification des royaumes francs.
614 : concile de Paris et promulgation de l’édit de Paris.
623 : Dagobert, fils de Clotaire, devient roi d’Austrasie.
626 : concile de Clichy, qui prolonge la coopération entre la royauté et l’épiscopat.
629 : mort de Clotaire II et avènement de Dagobert comme principal souverain du royaume franc.
Ce qu’il faut retenir
Clotaire II devient roi de Neustrie en 584 alors qu’il n’est encore qu’un nourrisson.
Sa mère, Frédégonde, conserve le royaume et le pouvoir en son nom jusqu’à sa mort en 597.
Après une grave défaite vers 600, Clotaire ne contrôle plus qu’un territoire réduit.
Sa victoire de 613 s’explique largement par la mort de Thierry II et par l’abandon de Brunehaut par plusieurs grands d’Austrasie et de Burgondie.
L’exécution de Brunehaut et de plusieurs héritiers rivaux montre la violence de cette réunification.
L’édit de Paris de 614 est à la fois un compromis avec les élites et une tentative de réaffirmer l’autorité royale.
Le royaume reste composé de plusieurs ensembles régionaux : l’unité dynastique n’est pas une centralisation.
En donnant l’Austrasie à son fils Dagobert en 623, Clotaire répond aux particularismes régionaux tout en préparant sa succession.
Son règne marque une période de reconstruction politique après des décennies de guerres civiles.
Sources et références
Sources médiévales
Grégoire de Tours, Histoire des Francs, notamment les livres consacrés aux dernières années de Chilpéric, à Frédégonde et à l’enfance de Clotaire : traduction anglaise accessible par l’université Fordham.
Chronique dite de Frédégaire, principale source narrative pour la victoire de 613 et les dernières années du règne : notice bibliographique et éditions sur Arlima.
Édit de Clotaire II, promulgué à Paris en 614 : présentation par FranceArchives.
Études et ressources historiques
« Les rois mérovingiens et l’épiscopat au VIIe siècle », Presses universitaires de Rennes : étude du concile de Paris, de l’édit de 614 et des relations entre Clotaire II et les évêques.
Notice « Clotaire II », Encyclopédie Larousse : synthèse chronologique du règne.
« Beyond Brunhild: reassessing women in the Fredegar Chronicle », Early Medieval Europe : analyse récente des partis pris de la chronique et de la mémoire de Brunehaut.
Ian Wood, The Merovingian Kingdoms, 450–751, Londres-New York, Longman, 1994.
Bruno Dumézil, La reine Brunehaut, Paris, Fayard, 2008.

