BRICS : les nouveaux maîtres du monde ?

Illustration originale générée par intelligence artificielle (OpenAI – ChatGPT) pour L’École de Gwladys, octobre 2026.

Article actualisé le 15 octobre 2026 — L’École de Gwladys | Géopolitique

BRICS : les nouveaux maîtres du monde ?

Géopolitique — Article actualisé le 15 octobre 2026

Et si l’équilibre du monde était en train de changer ?

Pendant plusieurs décennies, les États-Unis et leurs alliés européens ont largement dominé les grandes institutions économiques et financières internationales. Pourtant, depuis le début du XXIe siècle, plusieurs puissances émergentes cherchent à faire entendre une autre voix.

Leur nom ? Les BRICS.

Longtemps considérés comme un simple regroupement de pays en développement, ils représentent aujourd’hui une force économique, démographique et diplomatique incontournable.

Mais derrière les déclarations ambitieuses, une question demeure : les BRICS sont-ils réellement capables de transformer l’ordre mondial, ou leurs divisions limitent-elles encore leur puissance ?

1. Les BRICS, de quoi parle-t-on exactement ?

À l’origine, le terme BRIC désignait quatre grandes économies émergentes : le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine.

En 2001, l’économiste Jim O’Neill utilise cet acronyme pour désigner des économies dont le potentiel de croissance pourrait bouleverser les équilibres mondiaux.

Ce qui n'était au départ qu'une catégorie économique devient progressivement un véritable espace de coopération politique.

Les quatre pays organisent leur premier sommet en 2009. L'Afrique du Sud les rejoint ensuite, donnant naissance aux BRICS.

Une nouvelle étape intervient à partir de 2024, avec l'élargissement du groupe à plusieurs pays du Moyen-Orient et d'Afrique. L'Indonésie devient membre à part entière en janvier 2025.

En octobre 2026, les BRICS comptent onze membres :

  • Le Brésil

  • La Russie

  • L'Inde

  • La Chine

  • L'Afrique du Sud

  • L'Égypte

  • L'Éthiopie

  • L'Iran

  • Les Émirats arabes unis

  • L'Arabie saoudite

  • L'Indonésie

À ces membres s'ajoutent des pays partenaires, dont la Malaisie, la Thaïlande, le Nigeria, le Vietnam et la Biélorussie.

Cette distinction est importante : être partenaire des BRICS ne signifie pas être membre à part entière.

L'organisation élargit ainsi progressivement son réseau d'influence, notamment en Afrique, en Asie et en Amérique latine.

2. Une puissance économique qu'il devient difficile d'ignorer

La force des BRICS repose d'abord sur leur poids démographique et économique.

Leurs membres rassemblent une part considérable de la population mondiale, notamment grâce à l'Inde et à la Chine, qui comptent chacune plus d'un milliard d'habitants.

Leur influence économique est également majeure.

Mesurée en parité de pouvoir d'achat, c'est-à-dire en tenant compte des différences de prix entre les pays, la production économique des BRICS dépasse celle du G7.

Cette comparaison mérite toutefois une précision : elle ne signifie pas que les BRICS dominent tous les domaines économiques. Le classement varie selon que l'on utilise le PIB nominal, le PIB en parité de pouvoir d'achat, la richesse par habitant ou la puissance financière.

Les États-Unis et leurs alliés conservent notamment une influence majeure dans la finance internationale, les technologies de pointe et les grandes institutions économiques.

Les BRICS disposent cependant d'atouts considérables :

  • La Chine est une puissance industrielle et commerciale majeure.

  • L'Inde bénéficie d'un immense marché intérieur et d'un secteur technologique dynamique.

  • Le Brésil joue un rôle important dans l'agriculture et l'exportation de matières premières.

  • La Russie dispose d'importantes ressources énergétiques.

  • Plusieurs nouveaux membres occupent des positions stratégiques dans les secteurs pétrolier, gazier et dans les échanges internationaux.

En réunissant des pays aussi différents, les BRICS cherchent à renforcer leur capacité de négociation face aux grandes puissances occidentales.

Leur force ne réside donc pas seulement dans ce qu'ils produisent, mais aussi dans les ressources, les marchés et les routes commerciales auxquels ils donnent accès.

3. Le sommet de New Delhi : une nouvelle étape en septembre 2026

Les 12 et 13 septembre 2026, les dirigeants des BRICS se réunissent à New Delhi, en Inde, pour leur dix-huitième sommet.

Le thème retenu met en avant quatre priorités : la résilience, l'innovation, la coopération et la durabilité.

Cette rencontre intervient dans un contexte international marqué par les tensions commerciales, les rivalités géopolitiques, les défis climatiques et les transformations technologiques.

La déclaration de New Delhi réaffirme plusieurs ambitions.

Réformer les institutions internationales

Les BRICS réclament une meilleure représentation des pays émergents et en développement dans les institutions internationales.

Ils souhaitent notamment faire évoluer le fonctionnement de l'ONU, du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale, afin que la répartition du pouvoir reflète davantage les réalités contemporaines.

Cette revendication n'est pas nouvelle, mais l'élargissement des BRICS lui donne une dimension supplémentaire.

Renforcer les coopérations économiques

Les dirigeants réaffirment leur volonté de développer les échanges commerciaux, les investissements et les mécanismes de financement entre leurs pays.

Le sommet encourage également des solutions permettant de faciliter les paiements internationaux.

Donner davantage de poids au Sud global

Les BRICS souhaitent apparaître comme des interlocuteurs majeurs des économies émergentes.

Mais le Sud global ne constitue ni une organisation politique unique ni un ensemble parfaitement homogène.

Il désigne des États aux trajectoires, aux intérêts et aux systèmes politiques très différents, qui partagent parfois la volonté de rééquilibrer les relations internationales.

Le sommet de New Delhi confirme donc une ambition : participer davantage à la définition des règles du jeu mondial, plutôt que de simplement les appliquer.

4. La dédollarisation : peut-on vraiment se passer du dollar ?

C'est probablement l'un des sujets les plus commentés lorsqu'on évoque les BRICS.

Depuis la Seconde Guerre mondiale, le dollar américain occupe une place centrale dans le commerce, la finance et les réserves monétaires internationales.

Cette situation donne aux États-Unis une influence économique considérable.

Plusieurs membres des BRICS souhaitent réduire leur dépendance à cette monnaie.

Comment ?

En favorisant notamment les paiements dans leurs monnaies nationales, comme le yuan chinois, la roupie indienne ou le real brésilien.

Imaginons une entreprise indienne qui importe des marchandises chinoises.

Traditionnellement, certaines transactions internationales passent par le dollar. Les BRICS souhaitent faciliter les opérations qui pourraient être réglées directement dans les monnaies des pays concernés.

L'objectif est de réduire certains coûts, certaines dépendances et certains risques liés aux fluctuations monétaires ou aux sanctions financières.

Mais attention à une confusion fréquente.

Les BRICS n'ont pas créé de monnaie commune remplaçant le dollar.

Lors du sommet de New Delhi, les discussions portent principalement sur l'amélioration des paiements transfrontaliers, l'interopérabilité des systèmes de paiement et l'utilisation des monnaies locales.

Il existe donc une différence fondamentale entre vouloir limiter la domination du dollar et être capable de le remplacer.

Pour qu'une monnaie s'impose internationalement, elle doit notamment inspirer confiance, bénéficier de marchés financiers profonds et pouvoir être utilisée facilement dans les échanges internationaux.

Le dollar conserve aujourd'hui d'importants avantages dans ces domaines.

La dédollarisation apparaît donc davantage comme une évolution progressive que comme une révolution déjà accomplie.

5. La Nouvelle Banque de développement : une alternative financière ?

Les BRICS ne se contentent pas de déclarations politiques.

En 2014, ils créent la Nouvelle Banque de développement, également appelée NDB (New Development Bank), dont le siège est situé à Shanghai.

Cette institution finance notamment des projets d'infrastructures et de développement durable.

Routes, transports, énergie, eau ou équipements collectifs : les besoins sont considérables dans de nombreux pays émergents.

La NDB répond ainsi à une volonté de diversifier les sources de financement international.

Elle ne remplace cependant ni le Fonds monétaire international ni la Banque mondiale, dont les missions et les moyens diffèrent.

Elle représente plutôt une possibilité supplémentaire pour certains États de financer leur développement.

Son existence démontre néanmoins que les BRICS cherchent à construire des instruments de coopération durables.

Une organisation gagne en influence lorsqu'elle parvient à transformer ses ambitions politiques en institutions concrètes.

6. Une organisation puissante… mais traversée de profondes divisions

C'est ici que l'analyse doit dépasser les discours officiels.

Les BRICS réunissent des pays dont les intérêts ne coïncident pas toujours.

La Chine et l'Inde, par exemple, entretiennent des relations complexes, marquées notamment par des différends frontaliers et une rivalité stratégique.

Le Brésil cherche à préserver ses relations commerciales avec de nombreux partenaires, y compris occidentaux.

La Russie et l'Iran font face à des sanctions internationales qui influencent fortement leurs priorités économiques et diplomatiques.

Les Émirats arabes unis et l'Arabie saoudite entretiennent, de leur côté, des relations économiques et sécuritaires importantes avec les États-Unis.

Il serait donc inexact de présenter les BRICS comme une alliance entièrement opposée à l'Occident.

Le groupe n'est ni une union politique comparable à l'Union européenne, ni une alliance militaire comparable à l'OTAN.

Il ne possède pas de gouvernement commun.

Ses décisions reposent largement sur la recherche du consensus, ce qui peut compliquer l'adoption de positions communes sur les sujets les plus sensibles.

Et plus le nombre de membres augmente, plus la diversité des intérêts devient difficile à concilier.

C'est tout le paradoxe des BRICS : leur élargissement renforce leur représentativité, mais complique leur unité.

7. Que signifie la montée des BRICS pour l'Europe ?

Pour l'Union européenne, la progression des BRICS représente à la fois un défi et une réalité avec laquelle il faut composer.

L'Europe entretient déjà des relations économiques importantes avec plusieurs membres du groupe.

La Chine constitue un partenaire commercial majeur, tandis que l'Inde représente un marché en développement et un interlocuteur stratégique.

Les pays du Golfe occupent également une place importante dans les questions énergétiques et financières.

La montée en puissance des BRICS rappelle surtout que les relations internationales ne peuvent plus être analysées uniquement à travers l'opposition entre les États-Unis et leurs adversaires.

De nombreux pays souhaitent aujourd'hui diversifier leurs partenariats sans nécessairement choisir un camp.

Pour l'Europe, les enjeux sont multiples : préserver sa compétitivité, sécuriser ses approvisionnements, développer ses partenariats diplomatiques et défendre ses intérêts dans un monde où les centres de pouvoir se multiplient.

La question n'est donc pas simplement de savoir si les BRICS constituent une menace.

Elle est aussi de comprendre comment l'Europe peut conserver sa capacité d'action dans un système international plus fragmenté.

8. Vers un monde multipolaire ?

Le terme « multipolaire » revient régulièrement dans les déclarations des BRICS.

Mais que signifie-t-il ?

Un monde multipolaire est un système international dans lequel plusieurs grandes puissances ou centres de puissance disposent d'une influence importante.

Il s'oppose à l'idée d'un monde dominé par une seule superpuissance.

Les BRICS souhaitent contribuer à cette évolution.

Cependant, un monde multipolaire ne signifie pas nécessairement un monde plus pacifique ou plus équilibré.

La multiplication des centres de pouvoir peut ouvrir de nouvelles possibilités de coopération, mais également renforcer les rivalités économiques, technologiques et militaires.

Tout dépend de la capacité des États à organiser leurs relations et à résoudre leurs différends.

C'est pourquoi il faut distinguer deux phénomènes :

  • Le déplacement progressif d'une partie de la puissance économique vers les pays émergents.

  • La construction d'un véritable ordre politique international capable de fonctionner autrement.

Le premier est déjà une réalité observable.

Le second reste largement en construction.

9. Et après New Delhi ?

Le sommet de septembre 2026 marque une nouvelle étape dans l'histoire des BRICS, mais ne résout pas toutes leurs contradictions.

La poursuite des travaux sur les paiements internationaux, la coopération technologique, les infrastructures et la réforme de la gouvernance mondiale sera déterminante.

La présidence chinoise annoncée pour 2027 constituera également un moment important à observer.

La Chine dispose en effet d'un poids économique considérable au sein du groupe.

Mais cette influence peut susciter des interrogations chez d'autres membres, soucieux de préserver leur autonomie et d'éviter qu'une domination en remplace simplement une autre.

Le véritable défi des BRICS sera donc de transformer leur poids collectif en résultats concrets, sans effacer les intérêts particuliers de chacun.

Conclusion — Les BRICS vont-ils dominer le monde ?

Les BRICS ne sont pas les nouveaux maîtres du monde.

Du moins, pas au sens où ils constitueraient une puissance unique, cohérente et capable d'imposer ses décisions à l'ensemble de la planète.

Ils ne disposent ni d'une politique étrangère commune, ni d'une monnaie commune, ni d'une autorité centrale comparable à celle d'un État.

Mais il serait tout aussi erroné de minimiser leur importance.

Leur poids démographique, leurs ressources, leurs capacités industrielles et leurs ambitions diplomatiques en font des acteurs essentiels de la transformation des relations internationales.

Le sommet de New Delhi de septembre 2026 confirme une tendance profonde : de nombreux pays souhaitent peser davantage dans les décisions qui organisent l'économie et la politique mondiales.

Les BRICS ne contrôlent pas le monde. Ils participent à la remise en question de la manière dont il est dirigé.

Et c'est peut-être là que réside leur véritable puissance.

Pour aller plus loin : une question à se poser

Un monde dans lequel plusieurs grandes puissances se partagent l'influence est-il nécessairement plus juste qu'un monde dominé par une seule ?

La réponse n'a rien d'évident.

Elle invite à réfléchir à une distinction essentielle en géopolitique : partager la puissance ne signifie pas automatiquement partager les mêmes valeurs, les mêmes intérêts ou la même conception de la justice.

L'École de Gwladys — Comprendre le monde, c'est déjà apprendre à le questionner.

Article actualisé le 15 octobre 2026.

Pour prolonger la lecture

Chine, Russie, Inde et Cie, nouveaux maîtres du monde ?

Documentaire de Sophie Lepault, 92 minutes, diffusé le 13 octobre 2026.

Voir le documentaire sur ARTE. Une rediffusion télévisée est également annoncée le 19 octobre à 9 h 55.

Documentaire (2026)

Sources pour approfondir

Gwladys VAZQUEZ

Préceptrice et coach scolaire, fondatrice de L’École de Gwladys.

https://www.lecoledegwladys.fr
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