Septembre 2026 : le mois où les rapports de force se sont rapprochés
Carte du monde sombre et lumineuse représentant les grands foyers de tension géopolitique de septembre 2026 : guerre en Ukraine, tensions au Moyen-Orient, routes maritimes d’Ormuz, rivalité technologique entre les États-Unis et la Chine, minerais critiques et diplomatie internationale.
Illustration générée avec l’aide de l’intelligence artificielle, conçue pour L’École de Gwladys.
Article arrêté au 30 septembre 2026 à 8 h 30 — heure de Paris
Septembre 2026 n’a pas été marqué par un seul événement spectaculaire capable de résumer à lui seul l’état du monde. Il a plutôt vu plusieurs crises, parfois éloignées géographiquement, commencer à se rejoindre.
Ukraine et sécurité européenne, tensions autour du détroit d’Ormuz, confrontation entre les États-Unis et l’Iran, dossier nucléaire iranien, situation à Gaza et en Cisjordanie, rivalité sino-américaine autour de l’intelligence artificielle et des minerais critiques, fragilisation du système humanitaire international…
Pris séparément, chacun de ces dossiers possède sa propre logique.
Mais lorsqu’on les observe ensemble, une tendance apparaît : les rapports de force militaires, économiques, technologiques et diplomatiques s’entremêlent de plus en plus.
1. Ukraine : la guerre se rapproche toujours davantage de l’espace de l’OTAN
La guerre en Ukraine reste l’un des grands foyers de tension du continent européen.
Tout au long du mois de septembre, les attaques russes se sont poursuivies contre les villes et les infrastructures ukrainiennes. Plusieurs frappes ont également eu lieu à proximité des frontières de pays membres de l’OTAN, renforçant leur vigilance militaire.
Dans la nuit du 29 au 30 septembre, de nouvelles frappes russes de drones et de missiles ont touché Kyiv et sa région. Selon les autorités ukrainiennes, trois personnes ont été tuées, dont un enfant, et sept autres blessées.
La Pologne et la Roumanie, toutes deux membres de l’Union européenne et de l’OTAN, ont fait décoller des avions militaires afin de protéger leur espace aérien pendant ces attaques.
Ces réactions illustrent une évolution importante : même lorsque les combats restent officiellement circonscrits au territoire ukrainien, leurs conséquences sécuritaires se rapprochent directement des frontières de l’Alliance atlantique.
À cela s’ajoutent les attaques ukrainiennes contre des infrastructures russes, notamment dans les régions liées à la production et au raffinage du pétrole. La guerre dépasse donc depuis longtemps la seule ligne de front terrestre : énergie, infrastructures, drones à longue portée et défense aérienne sont désormais pleinement intégrés au conflit.
2. Détroit d’Ormuz : un passage stratégique toujours profondément perturbé
Le détroit d’Ormuz reste l’un des endroits les plus sensibles de la planète.
Cette étroite voie maritime relie le golfe Persique au golfe d’Oman. Avant la crise actuelle, environ 20 % du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondiaux transitaient par cette zone.
La situation de septembre impose toutefois une nuance importante : le détroit n’est pas totalement fermé.
Le trafic visible a fortement diminué et reste extrêmement irrégulier, mais des navires continuent de passer.
Les données de suivi maritime montrent par exemple que, durant la semaine commencée le 20 septembre, 19 pétroliers transportant environ 33,7 millions de barils de brut ont franchi le détroit.
Certains jours, quelques navires seulement sont recensés ; à d’autres moments, le trafic remonte sensiblement.
Les chiffres doivent néanmoins être maniés avec prudence : certains bâtiments naviguent en coupant ou en limitant leur système AIS, le dispositif permettant leur identification et leur suivi. Tous les passages ne sont donc pas nécessairement comptabilisés.
Le trafic de méthaniers liés au Qatar a lui aussi partiellement repris ces dernières semaines.
Cette situation montre surtout à quel point un espace maritime de quelques dizaines de kilomètres peut influencer l’économie mondiale.
Ormuz n’est pas simplement un détroit : c’est l’un des principaux robinets énergétiques de la planète.
3. États-Unis–Iran : la diplomatie revient, mais aucun accord n’est conclu
En septembre, plusieurs signaux ont pu laisser penser à une possible reprise du dialogue entre Washington et Téhéran.
Le Qatar joue notamment un rôle de médiateur entre les deux pays.
Mais au 30 septembre au matin, aucune percée diplomatique majeure n’a été annoncée.
Les discussions indirectes engagées autour de l’Assemblée générale des Nations unies n’ont pas permis, à ce stade, d’aboutir à un accord de paix ou à la réouverture complète du détroit d’Ormuz.
Le président américain Donald Trump a également démenti le 29 septembre avoir proposé une levée des sanctions ou le déblocage de fonds iraniens en échange de concessions sur le programme nucléaire.
Le président iranien Massoud Pezeshkian affirme de son côté rester disposé à négocier, mais refuse que ces discussions se déroulent sous la contrainte.
La situation demeure donc paradoxale :
les canaux diplomatiques existent, mais la confrontation stratégique continue.
Cette incertitude affecte directement les marchés énergétiques. Le 30 septembre au matin, le Brent évoluait encore au-dessus de 100 dollars le baril pour son contrat de novembre, dans un contexte où les tensions avec l’Iran continuent d’entretenir une importante prime de risque.
4. Le dossier nucléaire iranien reste l’un des grands points de tension
La question du nucléaire iranien reste étroitement liée à cette confrontation.
Le 7 septembre, Rafael Grossi, directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique — l’AIEA — a dressé un constat particulièrement préoccupant.
Selon lui, pendant la période examinée, l’Agence n’avait reçu de l’Iran ni les informations nécessaires sur l’état de certaines installations et matières nucléaires déclarées, ni l’accès permettant de procéder aux vérifications sur place.
L’AIEA expliquait donc ne pas être en mesure d’accomplir pleinement ses missions de contrôle sur les installations concernées.
L’Agence indiquait également avoir perdu depuis plus d’un an la continuité des connaissances concernant certaines quantités précédemment déclarées d’uranium faiblement et fortement enrichi, dont de l’uranium enrichi jusqu’à 60 %.
Rafael Grossi appelait ainsi à un retour à la coopération avec l’Agence et à la diplomatie.
Il faut donc distinguer deux niveaux :
des contacts politiques existent entre Washington et Téhéran, mais le problème du contrôle international du programme nucléaire iranien n’est pas réglé.
5. Gaza et Cisjordanie : la crise humanitaire demeure profonde
Au Proche-Orient, septembre reste également marqué par une situation humanitaire extrêmement difficile dans les territoires palestiniens.
À Gaza, malgré le cessez-le-feu annoncé en octobre 2025, les violences n’ont pas entièrement cessé.
Selon le Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires — OCHA — 94 % de la population de Gaza a encore besoin d’une aide urgente en matière d’abri et de biens essentiels, tandis que 65 % des ménages vivent toujours sous des tentes ou dans des structures de fortune.
OCHA estimait également fin septembre que 451 sites accueillant environ 464 000 personnes déplacées étaient fortement exposés aux risques d’inondation à l’approche de la saison des pluies.
La reconstruction reste donc un enjeu gigantesque.
Un projet de relance de Gaza estimé à 2,45 milliards de dollars et regroupant 66 projets a été présenté à New York en septembre, mais sa mise en œuvre reste conditionnée par les évolutions politiques et sécuritaires.
En Cisjordanie
La situation s’est elle aussi fortement dégradée en 2026.
Au 14 septembre, l’OCHA avait recensé plus de 1 600 attaques de colons israéliens ayant provoqué des victimes palestiniennes ou des dégâts matériels depuis le début de l’année, dans 275 communautés.
Plus de 4 300 Palestiniens avaient été déplacés en Cisjordanie en 2026 en raison notamment de démolitions, expulsions, violences de colons ou restrictions d’accès.
Le 29 septembre, plus d’une centaine de colons israéliens ont également attaqué le village palestinien de Jalud, alors qu’une famille devait regagner son domicile sous escorte militaire israélienne.
Des habitations ont été incendiées et trois soldats israéliens ont été blessés. Deux suspects ont été arrêtés. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a condamné ces violences et demandé des poursuites.
La Cisjordanie s’impose ainsi de plus en plus comme un second foyer majeur de tension parallèlement à Gaza.
6. États-Unis–Chine : l’intelligence artificielle devient un véritable dossier géopolitique
L’intelligence artificielle n’est plus seulement un sujet technologique.
Elle devient progressivement un domaine stratégique comparable à l’énergie, aux semi-conducteurs ou à l’armement.
Les États-Unis et la Chine cherchent chacun à maintenir ou renforcer leur avance dans les modèles d’IA, les centres de données, les semi-conducteurs et les infrastructures nécessaires à leur fonctionnement.
La rencontre entre Donald Trump et Xi Jinping en septembre n’a pas mis fin à la rivalité technologique entre les deux puissances.
Elle a toutefois débouché sur l’ouverture d’un dialogue bilatéral consacré à l’intelligence artificielle, notamment à ses risques, ainsi que sur la mise en place de canaux de communication destinés aux incidents liés à l’IA.
Il ne s’agit pas d’un grand accord international sur l’intelligence artificielle.
Les divergences restent nombreuses : sécurité, propriété intellectuelle, contrôle des technologies sensibles, modèles ouverts, réglementation et volonté des deux puissances de conserver leur avantage stratégique.
Mais le simple fait que l’IA entre officiellement dans les discussions diplomatiques sino-américaines montre qu’un changement s’est produit.
L’intelligence artificielle devient un objet de relations internationales.
7. Terres rares et minerais critiques : le sous-sol devient une arme économique
Cette bataille technologique est inséparable d’une autre compétition : celle des matières premières.
Les smartphones, voitures électriques, éoliennes, systèmes militaires, satellites, batteries et centres de données nécessitent des minerais spécifiques dont l’extraction mais surtout la transformation sont très concentrées géographiquement.
La Chine conserve notamment une position dominante dans le raffinage et la transformation des terres rares.
Selon les sources et les segments considérés, elle contrôle environ 85 à 90 % des capacités mondiales de raffinage et de transformation des terres rares.
Ce pouvoir industriel lui donne un moyen de pression considérable.
Washington cherche donc à développer des chaînes d’approvisionnement alternatives, à relocaliser certaines capacités et à nouer de nouveaux partenariats.
Mais bâtir des mines, des installations de séparation, des raffineries et des chaînes industrielles demande des années.
Voilà pourquoi terres rares, lithium, cobalt, cuivre ou graphite sont devenus des éléments centraux des stratégies de puissance.
Au XXIᵉ siècle, contrôler une ressource n’est plus suffisant.
Il faut aussi savoir la transformer.
8. Assemblée générale de l’ONU : 194 délégations, mais un monde profondément fragmenté
La 81ᵉ session de l’Assemblée générale des Nations unies a offert en septembre une photographie saisissante des tensions internationales.
Lors de la clôture du débat général, le président de l’Assemblée générale a indiqué que 194 délégations avaient pris la parole :
113 chefs d’État ou de gouvernement ;
1 prince héritier ;
11 vice-présidents ;
7 vice-Premiers ministres ;
48 ministres.
Le thème revenant le plus souvent dans les discours fut la paix.
Mais cette omniprésence du mot révèle aussi son inverse : jamais autant de régions du monde ne semblent simultanément traversées par des guerres, crises humanitaires ou rivalités de puissance.
Ukraine, Moyen-Orient, Soudan, Myanmar, Rohingyas, sécurité énergétique, déplacements de populations : l’Assemblée générale aura surtout démontré une chose.
Les États continuent de considérer l’ONU comme une enceinte indispensable de dialogue, alors même que leur capacité à s’entendre sur les solutions reste limitée.
9. HCR : quand la crise humanitaire devient aussi une crise financière
Un autre événement de septembre est passé plus discrètement dans l’actualité.
Il est pourtant considérable.
Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés — HCR — a alerté le 28 septembre sur le fait que 8,3 millions de personnes risquaient de perdre une partie de l’aide dont elles dépendent, faute de financement suffisant.
Le problème est particulièrement important parce que le nombre de personnes déplacées de force reste extrêmement élevé dans le monde, au moment même où les organisations humanitaires doivent réduire certaines opérations.
Pour 2026, le HCR avait évalué ses besoins à environ 8,5 milliards de dollars.
La contradiction est brutale :
les besoins humanitaires augmentent alors que les moyens disponibles diminuent.
Or cette crise financière ne concerne pas uniquement les organisations internationales.
Lorsqu’une aide alimentaire, médicale ou éducative disparaît dans un camp de réfugiés ou une région en guerre, les conséquences peuvent toucher les États voisins, accélérer les déplacements de population et alimenter de nouvelles crises.
La question humanitaire devient donc elle aussi un enjeu géopolitique.
10. Irak : le retrait américain est désormais confirmé
C’était le point qui demandait encore confirmation.
Elle est arrivée.
Ce 30 septembre 2026, les forces américaines quittent leurs dernières bases en Irak, conformément à l’accord conclu en 2024 entre Washington et Bagdad.
Les forces américaines étaient revenues en Irak en 2014 pour participer à la lutte contre l’organisation État islamique après avoir quitté le pays fin 2011.
Le retrait de 2026 clôt donc une nouvelle étape d’une présence militaire commencée avec l’invasion américaine de 2003.
Mais le départ ne signifie pas que tous les problèmes sécuritaires irakiens sont résolus.
Des responsables irakiens et kurdes craignent notamment que les cellules dormantes de l’organisation État islamique profitent du retrait.
Les forces américaines fournissaient encore du renseignement, de la surveillance aérienne et des capacités de reconnaissance aux forces irakiennes.
La question de l’influence des milices chiites soutenues par l’Iran reste également centrale.
Parallèlement, un autre retrait militaire se dessine dans le nord du pays : la Turquie et l’Irak ont annoncé le 23 septembre un accord prévoyant le transfert progressif du camp militaire turc de Bashiqa aux autorités irakiennes.
L’Irak entre donc dans une phase particulièrement importante :
moins de présence militaire étrangère directe, mais toujours de puissantes influences régionales et des défis sécuritaires internes.
Ce que septembre 2026 nous apprend
À première vue, ces événements semblent très différents.
Une attaque de drones à Kyiv n’a rien à voir avec un méthanier qatari traversant Ormuz.
Une usine chinoise de raffinage de terres rares semble très éloignée d’un camp de réfugiés au Tchad.
Un débat diplomatique sur l’intelligence artificielle paraît sans lien avec le départ de soldats américains d’Irak.
Et pourtant, ils participent tous d’un même phénomène : la recomposition des rapports de puissance.
La puissance militaire compte toujours.
Mais elle ne suffit plus.
Aujourd’hui, la puissance passe également par :
l’énergie, les routes maritimes, les technologies, l’intelligence artificielle, les minerais, les chaînes industrielles, le renseignement, l’accès aux marchés et même la capacité à financer l’aide humanitaire.
C’est peut-être cela, la véritable leçon géopolitique de septembre 2026.
Les crises ne vivent plus chacune dans leur coin.
Elles communiquent.
Et lorsqu’un détroit se ferme partiellement, qu’une usine manque de minerais, qu’un conflit déplace des populations ou qu’une grande puissance limite l’accès à une technologie, les conséquences peuvent désormais se propager à des milliers de kilomètres en quelques jours.
Comprendre la géopolitique, ce n’est donc pas seulement suivre les guerres.
C’est comprendre comment les différentes formes de puissance se rencontrent, s’affrontent… et finissent parfois par bouleverser notre quotidien.
Article arrêté au 30 septembre 2026 à 8 h 30 — heure de Paris.

