Super El Niño : un monstre climatique indomptable ?

Illustration pédagogique d’El Niño montrant le déplacement des eaux chaudes du Pacifique vers l’Amérique du Sud, l’affaiblissement des alizés et la zone Niño 3.4 surveillée par les climatologues.

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Illustration : L’École de Gwladys, créée avec OpenAI – 2026.

Article actualisé le 29 septembre 2026 à 18 h 20

Un océan qui se réchauffe de quelques degrés au milieu du Pacifique… et des régimes de pluie et de température qui peuvent être perturbés à des milliers de kilomètres.

Cela ressemble presque au scénario d’un film catastrophe.

Pourtant, le phénomène est parfaitement naturel et les scientifiques le connaissent depuis longtemps.

Son nom : El Niño.

Et en cette fin septembre 2026, il attire particulièrement l’attention des climatologues. L’épisode actuellement en cours se renforce rapidement et devrait atteindre une très forte intensité dans les prochains mois.

Mais qu’est-ce qu’El Niño exactement ? Comment un réchauffement de l’océan Pacifique peut-il influencer le climat d’une partie de la planète ? Et faut-il réellement parler d’un « super El Niño » ou d’un « monstre climatique » ?

Voyons ce qui se cache derrière ce petit garçon qui fait beaucoup parler de lui.

El Niño, qu’est-ce que c’est ?

Pour le comprendre, direction le Pacifique tropical, entre l’Amérique du Sud et l’Asie.

En temps normal, des vents réguliers appelés alizés soufflent d’est en ouest le long de l’équateur.

Ils repoussent une partie des eaux chaudes de surface vers l’ouest du Pacifique, notamment en direction de l’Indonésie et de l’Australie.

Près des côtes sud-américaines, ce déplacement favorise la remontée d’eaux plus froides provenant des profondeurs : c’est ce que les scientifiques appellent l’upwelling, ou remontée d’eaux profondes.

Ce système participe à un immense équilibre entre l’océan et l’atmosphère.

Mais certaines années, cet équilibre se modifie.

Les alizés faiblissent. Les eaux chaudes s’étendent davantage vers le centre et l’est du Pacifique équatorial. La température de surface de l’océan devient alors anormalement élevée sur une vaste région.

C’est El Niño.

Il correspond à la phase chaude d’un phénomène naturel plus vaste appelé ENSO, pour El Niño-Southern Oscillation, ou oscillation australe El Niño.

Sa phase opposée, durant laquelle les eaux du Pacifique équatorial central et oriental deviennent anormalement froides, porte le nom de La Niña.

Entre les deux existent des périodes dites neutres, durant lesquelles ni El Niño ni La Niña ne dominent véritablement.

Pourquoi s’appelle-t-il « El Niño » ?

Le nom ne vient ni d’un climatologue ni d’un satellite.

Il vient de pêcheurs péruviens, qui avaient remarqué depuis longtemps l’arrivée périodique d’eaux inhabituellement chaudes près de leurs côtes.

Ce réchauffement apparaissant souvent autour de la période de Noël, ils l’ont surnommé El Niño, « le petit garçon » en espagnol, en référence à l’Enfant Jésus.

À l’origine, l’expression désignait donc un phénomène local.

Ce n’est que progressivement que les scientifiques ont compris qu’il faisait partie d’un mécanisme climatique beaucoup plus vaste, capable de modifier la circulation atmosphérique bien au-delà des côtes sud-américaines.

Quelques degrés seulement… vraiment ?

Une anomalie de température de 1, 2 ou 3 °C dans l’océan peut sembler peu spectaculaire.

Dans une baignoire, certainement.

Dans le plus grand océan de la planète, beaucoup moins.

Lorsqu’une immense surface océanique se réchauffe, les échanges de chaleur et d’humidité entre l’océan et l’atmosphère se modifient. Les zones où se forment les nuages et les précipitations peuvent se déplacer et la circulation atmosphérique à grande échelle se réorganiser.

Cette perturbation peut ensuite se répercuter très loin de sa zone d’origine.

Les climatologues parlent de téléconnexions climatiques : des variations apparaissant dans une région du globe peuvent influencer statistiquement les conditions atmosphériques de régions situées à plusieurs milliers de kilomètres.

C’est ainsi qu’un phénomène né dans le Pacifique tropical peut avoir des conséquences en Amérique, en Afrique, en Asie ou en Océanie.

El Niño provoque-t-il des catastrophes partout ?

Non.

C’est probablement l’idée la plus importante à retenir.

Une sécheresse, une inondation ou une vague de chaleur qui se produit pendant un épisode El Niño n’a pas nécessairement été « provoquée par El Niño ».

Le climat est beaucoup plus complexe.

El Niño modifie les probabilités de certaines situations météorologiques. Selon les régions et les saisons, il peut rendre certaines conditions plus ou moins probables.

Lors des épisodes El Niño, des conditions plus humides sont par exemple fréquemment observées sur certaines parties de la côte occidentale de l’Amérique du Sud, dans la Corne de l’Afrique ou dans le sud des États-Unis.

À l’inverse, des conditions plus sèches sont souvent observées dans certaines régions d’Australie, d’Océanie ou du bassin amazonien.

Mais ces effets ne sont ni automatiques ni rigoureusement identiques à chaque épisode.

D’autres facteurs interviennent simultanément : l’état de l’océan Indien, celui de l’Atlantique, la circulation atmosphérique régionale, la saison ou encore le niveau général de réchauffement de la planète.

Le climat mondial ressemble donc davantage à un gigantesque orchestre qu’à un instrument jouant seul.

El Niño est simplement l’un de ses musiciens les plus influents.

Que se passe-t-il en 2026 ?

C’est ici que notre histoire devient particulièrement actuelle.

Après un épisode La Niña au début de l’année, un nouvel épisode El Niño s’est développé en juin 2026.

Depuis, il s’est rapidement renforcé.

Le 10 septembre 2026, le Climate Prediction Center de la NOAA, l’agence américaine chargée notamment de la surveillance climatique, confirmait qu’El Niño continuait de s’intensifier.

Pour le mois d’août, l’indice Niño 3.4, l’un des principaux indicateurs utilisés pour suivre le phénomène, atteignait +1,8 °C.

Plus à l’est du Pacifique équatorial, certaines anomalies de température de surface dépassaient +3 °C.

La NOAA estime désormais à plus de 90 % la probabilité que l’épisode atteigne une très forte intensité durant l’automne et l’hiver 2026-2027 dans l’hémisphère Nord.

De son côté, l’Organisation météorologique mondiale est particulièrement catégorique.

Dans son bulletin publié le 3 septembre, l’OMM estimait à près de 100 % la probabilité qu’El Niño persiste jusqu’en février 2027.

L’organisation prévoit qu’il continuera à se renforcer au cours des prochains mois avant d’atteindre son maximum vers la fin de l’année 2026.

Le 23 septembre, l’OMM confirmait encore cette évolution et appelait les pays à anticiper les conséquences possibles de cet épisode sur les fortes chaleurs, les sécheresses, les inondations, mais aussi sur la santé des populations et différents secteurs économiques.

Au 29 septembre 2026 à 18 h 20, aucun nouveau bulletin officiel ne vient remettre en cause ce diagnostic.

Alors, sommes-nous face à un « super El Niño » ?

L’expression est spectaculaire.

Elle mérite pourtant une petite précision.

« Super El Niño » n’est pas une catégorie scientifique officielle.

Il n’existe pas, dans les classifications internationales, une petite case dans laquelle les climatologues cocheraient « El Niño », « gros El Niño » puis « super El Niño ».

Le terme est surtout utilisé dans les médias pour désigner des épisodes exceptionnellement intenses.

Météo-France indique qu’il est généralement employé lorsque les anomalies de température de surface dépassent environ 2 °C dans le centre et l’est du Pacifique équatorial, comme cela avait notamment été observé lors des épisodes de 1997-1998 et 2015-2016.

Lors des épisodes les plus puissants, certaines anomalies peuvent approcher ou dépasser 3 °C.

Les prévisions actuelles indiquent que l’épisode 2026-2027 pourrait rejoindre les épisodes El Niño les plus intenses observés depuis le milieu du XXe siècle.

Mais sa puissance définitive ne pourra être connue qu’une fois son maximum atteint.

Autrement dit : oui, l’expression « super El Niño » peut décrire ce qui est actuellement envisagé, mais elle reste une appellation médiatique et non une classification scientifique officielle.

El Niño et changement climatique : même combat ?

Non plus.

Et là encore, la nuance est essentielle.

Le changement climatique ne crée pas El Niño.

El Niño et La Niña sont des variations naturelles du système climatique qui existaient bien avant le réchauffement actuel provoqué par les activités humaines.

En revanche, l’El Niño de 2026 se produit désormais dans une planète plus chaude qu’autrefois.

Les deux phénomènes peuvent donc se superposer.

El Niño tend généralement à faire augmenter temporairement la température moyenne mondiale. Lorsqu’il survient sur une tendance de fond déjà fortement réchauffée par les émissions humaines de gaz à effet de serre, il peut contribuer à faire grimper davantage les températures mondiales pendant plusieurs mois.

Météo-France estime ainsi qu’un épisode El Niño marqué en 2026-2027, combiné au réchauffement climatique, augmente la probabilité que la température moyenne mondiale de 2026 ou de 2027 se rapproche du record établi en 2024, voire le dépasse.

Il s’agit toutefois d’une possibilité et non d’une certitude.

Le changement climatique rend-il El Niño plus puissant ?

La réponse scientifique est plus complexe qu’un simple oui ou non.

Il serait aujourd’hui excessif d’affirmer que le changement climatique rend automatiquement chaque épisode El Niño plus intense.

Dans son sixième rapport d’évaluation, le GIEC souligne que les observations ne permettent pas encore d’établir clairement une modification de l’amplitude de l’ENSO qui sortirait de la variabilité naturelle du système.

En revanche, les modèles climatiques indiquent avec davantage de confiance que les variations de précipitations associées à ENSO pourraient s'accentuer dans un monde plus chaud.

Autrement dit, le fonctionnement fondamental d’El Niño reste naturel, mais certaines de ses conséquences peuvent s’exprimer dans un système climatique profondément modifié par le réchauffement global.

Et en France, faut-il s’attendre à un hiver exceptionnel ?

C’est tentant.

El Niño arrive, l’hiver approche : il suffirait presque de prévoir dès maintenant neige, pluie, chaleur ou froid.

Mais la climatologie ne fonctionne pas comme cela.

L’influence d’El Niño sur l’Europe et la France métropolitaine est beaucoup moins directe que dans certaines régions tropicales ou autour du Pacifique.

Son signal statistique est généralement plus perceptible en Europe pendant l’hiver, mais il interagit avec de nombreux autres facteurs atmosphériques et océaniques.

Météo-France insiste donc sur la prudence : les conséquences de l’épisode actuel sur l’Europe restent à préciser et son influence peut être relativement faible par rapport à d’autres mécanismes climatiques.

Il serait donc incorrect d’écrire, en septembre 2026, que « l’hiver français sera froid, chaud ou pluvieux à cause d’El Niño ».

Nous ne disposons tout simplement pas des éléments permettant une affirmation aussi catégorique.

Et dans les territoires français d’outre-mer ?

L’histoire est différente.

Dans son point publié le 28 septembre 2026, Météo-France rappelle que plusieurs territoires ultramarins sont situés dans des régions beaucoup plus directement influencées par les modifications de circulation atmosphérique associées à El Niño.

Le phénomène peut notamment modifier les régimes de précipitations et l’activité cyclonique selon les bassins océaniques.

Les effets ne seront cependant pas identiques en Polynésie, aux Antilles, en Guyane ou dans les territoires de l’océan Indien : chacun se situe dans un environnement climatique différent.

C’est pourquoi les prévisions doivent être examinées région par région, et non à partir d’une règle générale « El Niño = même météo partout ».

Peut-on prévoir El Niño ?

De mieux en mieux.

Les scientifiques surveillent en permanence le Pacifique tropical grâce aux satellites, aux bouées océaniques, aux navires de recherche, aux observations atmosphériques et aux modèles climatiques numériques.

Ces outils permettent de suivre notamment la température de l’océan, les vents, les courants marins et les variations de pression atmosphérique. En combinant toutes ces données, les chercheurs peuvent repérer les premiers signes annonciateurs d’un épisode El Niño et en estimer l’évolution plusieurs mois à l’avance.

Mais la prévision n’est jamais parfaite : plus on cherche à anticiper longtemps à l’avance, plus l’incertitude augmente.

Gwladys VAZQUEZ

Préceptrice et coach scolaire, fondatrice de L’École de Gwladys.

https://www.lecoledegwladys.fr
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