Aux calendes grecques : le rendez-vous qui n'arrivera jamais !

Illustration originale générée par intelligence artificielle avec OpenAI pour L’École de Gwladys — © L’École de Gwladys, 2026.

Ces expressions qui nous font voyager dans le temps — Saison 2, épisode 11 — Le dernier épisode

« Oui, oui, je le ferai aux calendes grecques ! »

Voilà une réponse qui peut sembler prometteuse.

Après tout, il est question d'une date, d'un calendrier et même de la Grèce antique.

On pourrait presque imaginer un rendez-vous très sérieux, inscrit quelque part sur un vieux parchemin.

Mais ne vous réjouissez pas trop vite !

Car si quelqu'un vous promet de faire quelque chose « aux calendes grecques », vous risquez d'attendre… éternellement.

Et pour comprendre cette étrange formule, nous allons devoir quitter nos calendriers modernes et remonter plus de deux mille ans en arrière.

Direction Rome, avec un petit détour par la Grèce !

Que signifie « aux calendes grecques » ?

L'expression « aux calendes grecques » signifie tout simplement « jamais ».

Elle désigne un événement qui ne se produira pas, ou dont on considère la réalisation comme impossible.

Quelques exemples :

« Il me remboursera aux calendes grecques ! »

Autrement dit, je ne compte pas revoir mon argent.

« Tu crois qu'il va enfin ranger sa chambre ? Aux calendes grecques ! »

Voilà une réponse qui ne déborde pas d'optimisme.

« Cette vieille dispute sera réglée aux calendes grecques. »

Nous comprenons immédiatement que la réconciliation paraît bien improbable.

L'expression est souvent employée sur un ton ironique ou moqueur.

Elle permet de répondre à une promesse peu crédible sans dire directement : « Je ne te crois pas ! »

Mais pourquoi avoir choisi une date grecque pour exprimer une impossibilité ?

C'est là que notre histoire devient particulièrement amusante.

Les calendes : une véritable date chez les Romains

Commençons par un petit détour dans le calendrier romain.

Les Romains ne numérotaient pas les jours du mois exactement comme nous le faisons aujourd'hui.

Ils utilisaient notamment trois grands repères :

  • Les calendes.

  • Les nones.

  • Les ides.

Les calendes correspondaient au premier jour de chaque mois.

Les nones et les ides étaient d'autres jours de référence, dont la position variait selon les mois.

Les Romains comptaient les dates par rapport à ces repères.

Par exemple, le célèbre assassinat de Jules César eut lieu aux ides de mars, le 15 mars de l'année 44 avant notre ère.

Mais revenons aux calendes.

Chez les Romains, elles existaient bel et bien.

Il y avait les calendes de janvier, les calendes de février, les calendes de mars…

Bref, les calendes revenaient chaque mois.

Jusque-là, rien d'extraordinaire.

Le problème commence lorsque nous ajoutons l'adjectif « grecques ».

Le petit détail qui change tout : les Grecs n'avaient pas de calendes !

Voilà le secret de notre expression.

Les Grecs de l'Antiquité possédaient leurs propres calendriers.

Mais ils n'utilisaient pas le système romain des calendes, des nones et des ides.

Les calendes étaient donc un repère spécifiquement romain.

Parler des « calendes grecques » revenait à évoquer une date qui n'existait pas dans le calendrier grec.

Et c'est précisément ce décalage qui rend la formule si ironique.

Imaginez quelqu'un qui vous annoncerait :

« Je viendrai te voir le 32 novembre ! »

Ou encore :

« Nous nous retrouverons le 30 février ! »

Vous comprendriez immédiatement que le rendez-vous est impossible.

Les calendes grecques fonctionnent sur le même principe.

La date paraît sérieuse, mais elle ne correspond à rien dans le calendrier concerné.

Et c'est ce qui donne toute sa force à l'expression.

Une expression qui nous vient de l'empereur Auguste

Notre formule possède une particularité remarquable : nous disposons d'un témoignage antique de son emploi.

L'historien romain Suétone, qui vécut entre le Ier et le IIe siècle de notre ère, rapporte une habitude de langage de l'empereur Auguste.

Dans sa Vie d'Auguste, au chapitre 87, il explique qu'Auguste utilisait l'expression « aux calendes grecques » à propos de débiteurs dont il pensait qu'ils ne paieraient jamais.

Autrement dit, certains promettaient peut-être de régler leurs dettes…

Mais l'empereur ne semblait pas particulièrement convaincu !

Nous pouvons presque imaginer la scène.

Un débiteur annonce :

« Je vous rembourserai bientôt ! »

Et Auguste, sceptique, répond en substance :

« Oui… aux calendes grecques ! »

L'ironie est délicieuse.

Mais attention à une nuance historique importante : Suétone atteste l'emploi de cette expression par Auguste ; cela ne prouve pas que l'empereur l'ait inventée.

Nous connaissons donc un utilisateur célèbre de la formule, sans pouvoir lui attribuer avec certitude sa création.

Voilà une différence essentielle entre une expression attestée et une expression inventée.

Le saviez-vous ? Le calendrier est une histoire de pouvoir

Nous avons tendance à considérer notre calendrier comme quelque chose d'évident.

Douze mois.

Sept jours par semaine.

Une année qui commence le 1er janvier.

Mais cette organisation résulte d'une longue histoire.

Dans la Rome antique, les calendriers ont connu plusieurs transformations.

Jules César a notamment introduit une grande réforme, entrée en vigueur en 45 avant notre ère : le calendrier julien.

Cette réforme visait à mieux faire correspondre le calendrier civil avec l'année solaire.

Bien des siècles plus tard, en 1582, le pape Grégoire XIII a instauré le calendrier grégorien, dont nous utilisons aujourd'hui la structure dans une grande partie du monde.

Notre façon de compter le temps n'a donc rien d'immuable.

Elle est le résultat de décisions politiques, d'observations astronomiques et de traditions culturelles.

Et derrière une simple expression comme « aux calendes grecques », c'est toute cette histoire qui réapparaît.

Pourquoi cette expression est-elle si drôle ?

Parce qu'elle repose sur un paradoxe.

Nous annonçons une date…

Mais cette date n'existe pas.

Nous faisons semblant de fixer une échéance…

Mais nous savons qu'elle ne viendra jamais.

C'est une forme d'ironie particulièrement efficace.

L'expression joue sur le contraste entre l'apparence d'une réponse précise et son impossibilité réelle.

Elle permet aussi de critiquer indirectement une promesse.

Dire :

« Tu ne le feras jamais ! »

peut sembler brutal.

Répondre :

« Ah oui ? Aux calendes grecques, sans doute ! »

ajoute une touche d'humour et de culture générale.

Encore faut-il que notre interlocuteur connaisse l'expression !

Sinon, il risque de sortir son agenda…

Et là, nous lui souhaitons bien du courage.

« Aux calendes grecques », « à la Saint-Glinglin » et « quand les poules auront des dents »

Vous commencez à reconnaître un petit air de famille ?

C'est normal.

Nous avons rencontré plusieurs expressions proches au cours de cette deuxième saison.

« À la Saint-Glinglin »

Une date imaginaire qui évoque un événement repoussé indéfiniment.

« Quand les poules auront des dents »

Une situation impossible, utilisée pour annoncer que quelque chose n'arrivera jamais.

« À la semaine des quatre jeudis »

Une semaine impossible dans le calendrier ordinaire, devenue une autre manière de parler d'un événement qui ne se produira pas.

« Aux calendes grecques »

Une date inexistante dans le calendrier grec, utilisée avec ironie pour signifier « jamais ».

Ces expressions se rejoignent par leur sens.

Mais leurs images sont différentes.

Les unes inventent des jours, d'autres des fêtes ou des animaux improbables.

Et notre dernière expression fait appel à l'histoire romaine.

La langue française possède décidément une imagination remarquable lorsqu'il s'agit de dire « jamais » !

Une petite activité pour les élèves : le calendrier des dates impossibles

Voici une activité simple et amusante, à proposer en famille ou en classe.

Présentez quatre propositions :

  1. Le 15 mars.

  2. Le 31 avril.

  3. Les calendes de janvier, dans le calendrier romain.

  4. Les calendes grecques.

Puis demandez :

« Lesquelles correspondent à des dates possibles ? »

La réponse :

Le 15 mars existe.

Le 31 avril n'existe pas, puisque le mois d'avril compte trente jours.

Les calendes de janvier existaient dans le calendrier romain : elles correspondaient au premier jour du mois.

En revanche, les calendes grecques n'étaient pas un repère du calendrier grec.

On peut ensuite prolonger l'activité :

« Pourquoi utiliser une date impossible plutôt que de dire simplement jamais ? »

Les élèves pourront évoquer l'humour, l'ironie et les images du langage.

C'est également l'occasion de distinguer le sens propre du sens figuré.

Car comprendre une expression, ce n'est pas seulement comprendre chacun de ses mots.

C'est aussi saisir l'idée qu'ils construisent ensemble.

Le petit mot de la fin : onze expressions, onze voyages dans le temps

Et voilà.

Nous voici arrivés au terme de notre deuxième saison !

Onze expressions.

Onze petites histoires.

Onze façons de parler du temps sans toujours regarder sa montre.

Nous avons rencontré des fêtes imaginaires, des semaines impossibles, des poules qui n'auront probablement jamais de dents, des lendemains qui se dérobent et des promesses qui n'engagent parfois que ceux qui y croient.

Nous avons découvert qu'une « lurette » cachait une ancienne petite heure.

Qu'un « lustre » représentait cinq années.

Et nous terminons aujourd'hui notre voyage avec une date qui n'a jamais existé chez les Grecs.

Ce que j'aime dans ces expressions, c'est qu'elles nous rappellent une chose essentielle :

La langue française n'est pas seulement un ensemble de règles. C'est aussi une mémoire.

Elle conserve des fragments d'histoire, des habitudes anciennes, des plaisanteries et des façons de penser qui ont traversé les siècles.

Et nous continuons à les employer, parfois sans même savoir d'où elles viennent.

Alors, si quelqu'un vous demande :

« Quand reviendras-tu pour une nouvelle saison ? »

Je vous promets une chose…

Je ne vous répondrai pas « aux calendes grecques » !

Et maintenant ?

Cette deuxième saison s'achève, mais notre exploration de la langue française est loin d'être terminée.

Il nous reste encore tant d'expressions, de mots oubliés et de curiosités linguistiques à découvrir.

En attendant, je vous invite à retrouver les onze épisodes de cette saison et à partager votre expression préférée.

Et vous, laquelle vous a le plus surpris ?

L'École de Gwladys — Parce que les mots ont aussi une histoire à raconter.

Sources et références

  • Suétone, Vie d'Auguste, chapitre 87 : témoignage antique de l'emploi de l'expression par Auguste.

  • Dictionnaire de l'Académie française, entrée « calendes » : définition des calendes et de l'expression « renvoyer aux calendes grecques ».

  • Centre national de ressources textuelles et lexicales (CNRTL), entrée « calendes » : sens et histoire du terme.

  • Encyclopædia Britannica, articles consacrés au calendrier romain, au calendrier julien et au calendrier grégorien.

🐾 ET SI LES ANIMAUX AVAIENT LEUR MOT À DIRE ?

Après avoir voyagé à travers les lieux, puis remonté le temps, nos expressions françaises s'apprêtent à prendre un peu de… poil de la bête ! 🦊

Pour la saison 3, les animaux entrent en scène !

Entre les langues de vipère, les mémoires d'éléphant et les chats qui donnent leur langue, il y aura de quoi découvrir, sourire et apprendre !

🐾 Rendez-vous prochainement pour notre saison 3 :

« MÊME LES ANIMAUX ONT LEUR MOT À DIRE ! »

Illustration originale générée par intelligence artificielle avec OpenAI pour L’École de Gwladys — © L’École de Gwladys, 2026.

Gwladys VAZQUEZ

Préceptrice, coach scolaire et écrivaine publique, fondatrice de L’École de Gwladys.

https://www.lecoledegwladys.fr
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