Ce n’est pas demain la veille : quand le temps se fait attendre !

Illustration originale générée par intelligence artificielle avec OpenAI pour L’École de Gwladys — © L’École de Gwladys, 2026.

Ces expressions qui nous font voyager dans le temps — Saison 2, épisode 6

« Ah, ça, ce n’est pas demain la veille ! »

Qui n’a jamais entendu cette petite phrase, souvent prononcée avec un sourire ironique, un soupir résigné ou une pointe de scepticisme ?

« Le jour où mon adolescent rangera sa chambre sans qu’on le lui demande… ce n’est pas demain la veille ! »

Et voilà ! En quelques mots, nous venons de repousser un événement dans un avenir suffisamment lointain pour ne pas avoir à l’inscrire dans notre agenda.

Mais avez-vous déjà remarqué l’étrangeté de cette expression ?

Car enfin, si demain n’est pas la veille… de quoi parlons-nous exactement ?

Aujourd’hui, nous allons découvrir comment la langue française parvient à jouer avec le passé, le présent et le futur dans une seule et même formule.

Une expression pour dire : « Ce n’est pas pour tout de suite ! »

Commençons par sa signification.

Dire « Ce n’est pas demain la veille », c’est affirmer qu’un événement n’est pas près de se produire.

La formule traduit généralement le doute, l’incrédulité ou la conviction qu’une situation ne changera pas de sitôt.

Quelques exemples :

« Le jour où tout le monde sera d’accord sur la meilleure façon de faire une dissertation, ce n’est pas demain la veille ! »

« Quand les journées compteront trente heures, nous aurons enfin le temps de tout faire… mais ce n’est pas demain la veille ! »

« Le jour où mon chat acceptera de partager son fauteuil, ce n’est pas demain la veille ! »

Dans chacun de ces exemples, l’idée est la même : inutile d’attendre l’événement avec impatience.

Il risque de se faire désirer !

Et contrairement à certaines expressions de notre saison, celle-ci ne signifie pas nécessairement « jamais ».

Elle suggère plutôt que l’événement est encore très éloigné, improbable ou difficile à imaginer dans un avenir proche.

Mais pourquoi parler de « demain » et de « la veille » ?

C’est ici que les choses deviennent particulièrement intéressantes.

Dans son sens temporel, la veille désigne le jour qui précède un événement.

Ainsi, si nous sommes la veille d’un examen, cela signifie que l’examen aura lieu le lendemain.

La veille représente donc un moment très particulier : celui où un événement est imminent.

Or, lorsque nous affirmons que « ce n’est pas demain la veille », nous refusons précisément cette proximité.

Autrement dit, demain ne sera même pas encore le jour précédant l’événement attendu !

Et si demain n’en est pas la veille, alors l’événement ne pourra pas avoir lieu après-demain.

Il est donc repoussé plus loin dans le futur.

Voilà toute l’astuce !

La langue française utilise ici une construction négative pour éloigner symboliquement une échéance.

Une manière particulièrement imagée de dire : « Nous en sommes encore loin ! »

Une petite gymnastique temporelle

Pour bien comprendre, imaginons une situation.

Nous sommes lundi.

Vous attendez un événement qui pourrait avoir lieu mercredi.

Dans ce cas, mardi serait la veille de cet événement.

Mais si quelqu’un vous répond :

« Ce n’est pas demain la veille ! »

Il vous indique que mardi ne sera pas cette fameuse veille.

L’événement ne se produira donc pas mercredi.

Et, par extension, il n’est pas près d’arriver.

Bien entendu, dans la conversation quotidienne, personne ne s’amuse réellement à calculer les jours !

L’expression fonctionne comme une formule toute faite, comprise immédiatement par les interlocuteurs.

Mais lorsqu’on prend le temps de la décortiquer, sa logique devient presque amusante.

Une formule ancienne, mais une origine à manier avec prudence

L’expression appartient depuis longtemps au français familier.

Elle s’inscrit dans une tradition de formules populaires qui jouent sur les repères temporels pour évoquer l’attente, l'incertitude ou l'impossibilité.

Il serait toutefois imprudent de lui attribuer une date de naissance précise ou de prétendre qu’elle aurait été inventée par un personnage historique particulier.

Aucune anecdote fondatrice universellement établie ne permet de raconter son apparition comme un événement unique.

Son fonctionnement repose avant tout sur le sens ordinaire du mot « veille » et sur le décalage entre une échéance attendue et un avenir qui semble toujours reculer.

C’est d’ailleurs ce qui fait le charme de nombreuses expressions françaises : leur histoire ne se résume pas toujours à une légende spectaculaire.

Parfois, la richesse se trouve simplement dans la façon dont les mots s’assemblent.

Le saviez-vous ? La veille n’est pas toujours une question de calendrier !

Le mot « veille » possède plusieurs sens dans notre langue.

Il peut désigner le jour qui précède un événement :

« La veille de Noël. »

Mais il peut aussi évoquer l’état d’une personne qui ne dort pas.

C’est notamment le cas dans l’opposition entre le sommeil et la veille.

Nous retrouvons également cette idée dans le verbe « veiller », qui signifie rester éveillé, surveiller ou prendre soin.

Et ce n’est pas un hasard : ces emplois sont historiquement liés à l’idée de vigilance et d’éveil.

Dans notre expression, cependant, c’est bien le sens de « jour précédent » qui intervient.

Une distinction utile, car un même mot peut nous entraîner sur plusieurs chemins !

Et ailleurs, comment exprime-t-on cette idée ?

Les langues étrangères possèdent elles aussi leurs façons de dire qu’un événement n’arrivera pas de sitôt.

En anglais, on peut dire :

« Not anytime soon. »

Autrement dit : « Pas de sitôt. »

Une formulation beaucoup plus directe que notre construction française.

On rencontre également des expressions plus imagées, comme « when pigs fly », littéralement « quand les cochons voleront », pour parler d’un événement considéré comme impossible.

En français, nous avons notre célèbre :

« Quand les poules auront des dents ! »

Tiens, tiens…

Voilà qui nous rappelle un précédent voyage de cette deuxième saison !

Mais attention à la nuance : « quand les poules auront des dents » insiste sur l’impossibilité, tandis que « ce n’est pas demain la veille » souligne surtout l’éloignement de l’événement.

Deux expressions proches, mais pas parfaitement interchangeables.

Le petit mot de la fin

Ce que j’aime particulièrement dans « Ce n’est pas demain la veille », c’est cette façon presque malicieuse de transformer une notion aussi simple que le lendemain en un petit raisonnement temporel.

Demain arrive toujours.

Mais la veille de certains événements, elle, semble ne jamais vouloir se présenter !

Et c’est peut-être là toute la poésie de notre langue : quelques mots suffisent pour faire reculer le calendrier.

Alors, la prochaine fois que quelqu’un vous annoncera une promesse un peu trop ambitieuse, vous saurez exactement pourquoi vous pourrez lui répondre, avec un sourire :

« Ah, ça… ce n’est pas demain la veille ! »

Et vous, quel événement attendez-vous depuis si longtemps que vous pourriez employer cette expression ?

Au prochain épisode…

« Demain, on rase gratis ! »

Une formule qui ressemble à une promesse généreuse…

Mais pourquoi remettre systématiquement au lendemain ce que l’on annonce aujourd’hui ?

Et surtout, d’où vient cette histoire de rasage gratuit ?

Pour notre prochain voyage, nous quitterons les calendriers pour nous intéresser à une promesse qui a décidément bien du mal à être tenue !

L’École de Gwladys — Parce que les mots ont aussi une histoire à raconter.

Gwladys VAZQUEZ

Préceptrice et coach scolaire, fondatrice de L’École de Gwladys.

https://www.lecoledegwladys.fr
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