Les quatre fils de Clotaire Ier — le royaume franc à nouveau déchiré.

Les quatre princes du royaume divisé

Lorsque Clotaire Ier meurt en 561, l’unité du royaume franc n’aura duré que trois ans.

Depuis 558, le dernier fils survivant de Clovis régnait seul sur l’ensemble des territoires francs. Il avait reconstitué, presque par accident, l’unité réalisée autrefois par son père. Mais cette unité disparaît aussitôt avec lui.

Clotaire laisse quatre fils : Caribert Ier, Gontran, Sigebert Ier et Chilpéric Ier. Tous ont vocation à régner. Le royaume n’est pas encore considéré comme un État indivisible qui reviendrait automatiquement au fils aîné : il appartient à la famille royale et doit être partagé entre les héritiers.

Avant même que ce partage soit achevé, l’un des frères tente pourtant de prendre de l’avance.

Chilpéric tente de s’emparer du pouvoir

Après les funérailles de Clotaire, Chilpéric s’empare du trésor royal conservé près de Soissons. Grâce à ces richesses, il cherche à rallier les grands du royaume, puis se rend à Paris et prend possession de la ville.

La manœuvre est habile, mais elle ne dure pas. Ses trois frères s’unissent contre lui, le chassent de Paris et imposent un partage régulier du royaume.

Grégoire de Tours, notre principale source sur cette période, raconte que le sort attribue alors à chaque frère une partie de l’héritage :

  • Caribert Ier reçoit le royaume de Paris ;

  • Gontran reçoit le royaume d’Orléans et la Bourgogne ;

  • Sigebert Ier reçoit le royaume de Reims, qui deviendra l’Austrasie ;

  • Chilpéric Ier reçoit le royaume de Soissons, à l’origine de la future Neustrie.

Le récit de cette première tentative de Chilpéric et du partage figure dans le livre IV de l’Histoire des Francs de Grégoire de Tours.

Ces royaumes ne forment pas quatre blocs parfaitement réguliers. Chacun possède des villes et des territoires parfois éloignés les uns des autres, notamment en Aquitaine et en Provence. La carte politique ressemble davantage à un puzzle familial qu’à quatre pays bien délimités.

Sur le papier, chacun est roi chez lui. Dans les faits, aucun ne renonce vraiment à agrandir sa part.

Chilpéric négocie le trésor royal

Caribert Ier, le roi de Paris

Fils aîné de Clotaire, Caribert Ier obtient Paris et une vaste partie de l’ouest du royaume, avec notamment des territoires autour de Rouen, Tours, Poitiers, Bordeaux et Toulouse.

Son règne est le plus court des quatre. Il gouverne de 561 à 567, pendant seulement six ans. Son nom reste moins connu que celui de ses frères, car il ne participe pas aux grandes guerres qui vont bientôt ensanglanter la famille.

Sa vie privée lui attire néanmoins de sérieux conflits avec l’Église. Ses unions successives, dont l’une avec une religieuse, provoquent son excommunication par l’évêque Germain de Paris.

Caribert meurt en 567 sans héritier mâle susceptible de lui succéder. Son royaume est donc partagé entre ses trois frères survivants. Même Paris ne revient entièrement à aucun d’entre eux : la ville est placée sous une forme d’autorité commune, et aucun frère ne doit y entrer sans l’accord des deux autres.

Cette précaution en dit long sur la confiance qui règne dans la famille.

Caribert Ier surplombant le Paris mérovingien

Gontran, le roi qui tente de maintenir l’équilibre

Gontran reçoit Orléans, la Bourgogne, le Berry et une partie de la Provence. Il installe progressivement le centre de son pouvoir à Chalon-sur-Saône.

Son règne est long : il gouverne de 561 à 592. Contrairement à Sigebert et à Chilpéric, qui s’affrontent presque sans relâche, Gontran essaie souvent de jouer le rôle d’arbitre. Il change parfois d’alliance, protège ses propres intérêts et n’hésite pas à combattre, mais il cherche aussi à empêcher la destruction complète de la dynastie.

Il doit également défendre son royaume contre les Lombards, installés en Italie, qui lancent plusieurs incursions vers la Gaule.

Gontran perd ses fils et se retrouve sans héritier direct. En 587, lors du traité d’Andelot, il reconnaît comme successeur son neveu Childebert II, fils de Sigebert et de Brunehaut. Ce choix permet, au moins temporairement, de stabiliser une partie du royaume franc.

Très proche de l’Église et généreux envers les évêchés et les monastères, Gontran sera plus tard considéré comme un saint. Il est le seul des quatre frères à mourir de mort naturelle, en 592 — ce qui, dans cette famille, tient presque de l’exploit. Larousse retrace son règne et le traité d’Andelot.

Gontran, médiateur entre deux envoyés

Sigebert Ier, le roi d’Austrasie

Sigebert Ier reçoit les territoires de l’Est, autour de Reims, puis déplace le centre de son pouvoir vers Metz. Son royaume prend progressivement le nom d’Austrasie.

Dès 562, il doit repousser une attaque venue de l’est. Chilpéric profite de son absence pour s’emparer de Reims et de plusieurs villes. Sigebert revient, reprend ses territoires, occupe Soissons et bat son frère.

La rivalité entre les deux hommes est désormais installée.

En 566, Sigebert épouse Brunehaut, fille du roi wisigoth Athanagild. C’est une union politique prestigieuse. Brunehaut est instruite, issue d’une grande cour et arrive avec l’autorité d’une véritable princesse royale.

L’année suivante, Chilpéric épouse la sœur de Brunehaut, Galswinthe. Mais cette dernière est bientôt retrouvée étranglée dans son lit. Chilpéric épouse ensuite Frédégonde, qui était déjà sa compagne.

À partir de ce moment, le conflit entre les deux frères devient aussi celui de deux reines : Brunehaut réclame justice pour sa sœur, tandis que Frédégonde défend son pouvoir et celui de ses enfants.

La guerre reprend avec violence. En 575, Sigebert semble l’emporter. Les grands du royaume de Chilpéric sont prêts à le reconnaître comme roi. Mais, au moment où la victoire paraît acquise, il est assassiné à Vitry-en-Artois par deux hommes envoyés, selon Grégoire de Tours, par Frédégonde.

Sigebert meurt à environ quarante ans. Son fils, Childebert II, n’est encore qu’un enfant. Larousse résume son règne et son affrontement avec Chilpéric.

Sigebert et Brunehaut à Metz

Chilpéric Ier, le frère le plus ambitieux

Chilpéric Ier reçoit d’abord la plus petite part du royaume, autour de Soissons et des territoires du Nord-Ouest. Il n’accepte jamais vraiment cette situation.

Ambitieux, énergique et autoritaire, il cherche continuellement à agrandir son domaine. Il attaque Sigebert, profite des absences de ses frères, occupe des villes et tente de récupérer les anciennes possessions de Caribert.

Son règne est inséparable de celui de Frédégonde, devenue son épouse après la mort de Galswinthe. Leur cour est marquée par les complots, les exils, les condamnations et les morts suspectes. Plusieurs fils de Chilpéric disparaissent, victimes des guerres ou des luttes familiales.

Après l’assassinat de Sigebert, Chilpéric paraît un temps renforcé. Mais il doit encore affronter Gontran et le jeune Childebert II, soutenu par sa mère Brunehaut.

En 584, Chilpéric est à son tour assassiné à Chelles, alors qu’il revient de la chasse. Le meurtrier et le commanditaire ne seront jamais identifiés avec certitude.

Il laisse pour héritier un enfant de quelques mois : Clotaire II, fils de Frédégonde. Placé sous la protection de Gontran, ce nouveau Clotaire finira bien plus tard par réunifier le royaume franc. Mais avant d’y parvenir, la famille mérovingienne connaîtra encore près de trente années de guerres. Larousse revient sur le règne mouvementé de Chilpéric Ier.

Une guerre de famille qui déchire le royaume

Le partage de 561 ne provoque pas immédiatement la disparition du royaume franc. Les quatre frères continuent de se considérer comme membres d’un même ensemble politique et comme héritiers de Clovis. Ils peuvent s’allier face à un ennemi extérieur, négocier des échanges de territoires ou reconnaître un héritier commun.

Mais leurs royaumes deviennent progressivement des puissances rivales. Deux grands ensembles se distinguent :

  • l’Austrasie, à l’est, gouvernée par Sigebert puis par ses descendants ;

  • la Neustrie, à l’ouest, dominée par Chilpéric puis par Clotaire II.

Entre les deux, le royaume de Gontran, souvent appelé royaume de Bourgogne, tente de maintenir un équilibre fragile.

Les rivalités des rois se prolongent à travers leurs épouses, leurs enfants et leurs fidèles. Les villes changent de maître, les armées traversent les territoires, les campagnes sont ravagées et les assassinats deviennent des armes politiques.

En quelques années, l’héritage réuni par Clotaire Ier se transforme donc en une immense querelle familiale. Et les deux figures qui vont bientôt dominer cette histoire ne sont pas seulement des rois : ce sont deux reines, Brunehaut et Frédégonde, prêtes à poursuivre la lutte pendant des décennies.

Repères chronologiques

  • 561 : mort de Clotaire Ier et partage du royaume entre ses quatre fils.

  • 562 : première guerre entre Sigebert et Chilpéric.

  • 567 : mort de Caribert Ier ; son royaume est partagé entre ses frères.

  • Vers 568 : mort de Galswinthe ; la rivalité entre Brunehaut et Frédégonde s’installe.

  • 575 : assassinat de Sigebert Ier.

  • 584 : assassinat de Chilpéric Ier.

  • 587 : traité d’Andelot entre Gontran et Childebert II.

  • 592 : mort de Gontran.

Ce qu’il faut retenir

À la mort de Clotaire Ier, le royaume franc est partagé entre Caribert, Gontran, Sigebert et Chilpéric. Caribert disparaît rapidement, Gontran tente de préserver l’équilibre, tandis que Sigebert et Chilpéric se livrent une guerre acharnée. Leurs épouses, Brunehaut et Frédégonde, deviennent à leur tour des actrices majeures du conflit.

L’unité retrouvée en 558 n’aura donc été qu’une parenthèse. À partir de 561, le royaume franc entre dans une longue période de divisions, de guerres civiles et d’assassinats.

Prochain épisode : Brunehaut et Frédégonde, les deux reines qui se disputent le royaume franc

Brunehaut à gauche, dans la lumière froide de l’Austrasie ;

Frédégonde à droite, dans la lumière plus sombre de la Neustrie ;

entre elles, le royaume franc divisé et la couronne qu’elles vont se disputer à travers leurs héritiers.









Gwladys VAZQUEZ

Préceptrice et coach scolaire, fondatrice de L’École de Gwladys.

https://www.lecoledegwladys.fr
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