Est-ce la note qui fait l’élève ?

Il suffit parfois d’un chiffre écrit en rouge en haut d’une copie pour qu’un élève se sente soudain moins capable.

Un 7/20 peut devenir, dans sa tête :

« Je suis nul. »

Un 10 peut être vécu comme :

« Je suis moyen. »

Et même un 15 peut finir par signifier :

« Je dois faire encore mieux la prochaine fois. »

C’est là que la note cesse d’être une simple information pour devenir quelque chose de beaucoup plus lourd : une manière pour l’élève de se regarder lui-même.

Pourtant, une note ne dit jamais qui est un élève.

Elle renseigne sur ce qu’il a réussi à produire, ce jour-là, dans ce devoir-là. Et ce résultat peut aussi être influencé par de nombreux facteurs : sa compréhension, sa préparation, sa fatigue, son stress ou sa confiance du moment.

Autrement dit, la note raconte une situation.

Pas une personne.

Quand l’élève finit par se confondre avec ses résultats

Chez certains élèves, surtout lorsqu’ils rencontrent des difficultés répétées, les notes peuvent finir par peser sur l’image qu’ils ont d’eux-mêmes.

À force d’entendre :

« Tu pourrais mieux faire. »
« Tu n’apprends pas assez. »
« Regarde ton frère, lui, il y arrive. »
« Tu as encore eu une mauvaise note. »

l’élève peut progressivement ne plus entendre :

« Mon travail n’est pas suffisant. »

Il entend :

« Je ne suis pas suffisant. »

La différence est immense.

Car lorsqu’un élève commence à se persuader qu’il est « mauvais » dans une matière, il peut finir par moins essayer, voire par renoncer avant même de commencer.

Pas nécessairement par paresse.

Parfois, simplement parce qu’il ne croit plus vraiment que ses efforts puissent changer quelque chose.

On voit alors apparaître des phrases que beaucoup de parents et d’enseignants connaissent :

« De toute façon, je suis nul en maths. »

« Moi, le français, je n’y arriverai jamais. »

« Ça ne sert à rien que je révise. »

Ces phrases ne parlent pas seulement de résultats scolaires.

Elles parlent aussi de confiance.

Une note peut informer. Elle ne devrait pas enfermer.

Une note reste utile.

Elle permet de repérer une difficulté, de vérifier des acquis et de situer un travail.

Mais elle devient beaucoup plus intéressante lorsqu’elle permet aussi de comprendre ce qu’il faut travailler ensuite.

Un 6/20 ne signifie pas :

« Tu vaux 6. »

Il peut devenir :

« Aujourd’hui, sur ce travail, certaines choses ne sont pas encore acquises. Voyons lesquelles. »

Ce petit mot — encore — est important.

Il laisse ouverte la possibilité de progresser.

Le résultat n’est plus une condamnation. Il devient un point de départ.

Le progrès est parfois beaucoup plus intéressant que la note

Imaginons deux élèves.

Le premier obtient 16 ou 17.

Et il faut le dire clairement : c’est une belle note, qui mérite d’être reconnue et dont l’élève peut être fier.

Un bon résultat peut traduire des acquis solides, de la compréhension, de la régularité et beaucoup de travail. Il n’est évidemment pas question de minimiser la réussite.

Mais imaginons maintenant un second élève qui passe de 6 à 10.

Si l’on regarde uniquement les deux résultats, le premier reste celui qui obtient la meilleure note.

Mais si l’on regarde le chemin parcouru, une autre histoire apparaît.

Le deuxième a peut-être repris des notions qu’il n’avait jamais comprises.

Il a peut-être appris à organiser son travail, à relire une consigne, à faire un brouillon ou à demander de l’aide.

Il a peut-être surtout commencé à croire qu’il pouvait y arriver.

Et ces quatre points gagnés peuvent représenter une transformation immense.

Il ne s’agit donc pas d’opposer les élèves entre eux, ni de prétendre qu’un 10 « vaut plus » qu’un 17.

Il s’agit de comprendre que la valeur d’un résultat et l’importance d’un progrès ne racontent pas exactement la même chose.

On peut être fier d’un 17 parce qu’il récompense un excellent travail.

Et être tout aussi fier d’un 10 lorsqu’il représente plusieurs semaines d’efforts, de persévérance et de reconstruction.

C’est pour cela qu’il me semble essentiel de regarder non seulement où en est un élève, mais aussi d’où il vient.

Derrière une mauvaise note, il y a presque toujours quelque chose à comprendre

Lorsqu’un élève échoue, la question intéressante n’est pas seulement :

« Combien as-tu eu ? »

Mais aussi :

« Qu’est-ce qui s’est passé ? »

A-t-il compris le cours ?

Savait-il comment l’apprendre ?

A-t-il été débordé par le stress ?

A-t-il mal compris la consigne ?

Lui manque-t-il une base ancienne ?

A-t-il perdu ses moyens au moment de l’évaluation ?

A-t-il beaucoup travaillé, mais d’une manière peu efficace ?

Deux élèves qui obtiennent 8/20 peuvent rencontrer des difficultés totalement différentes.

Et naturellement, ils n’auront pas besoin du même accompagnement.

C’est là que le regard porté sur l’élève devient essentiel.

Avant de vouloir corriger le résultat, il faut parfois comprendre ce qui se joue derrière.

L’erreur n’est pas le contraire de la réussite

Nous avons souvent appris aux élèves à éviter l’erreur.

Pourtant, apprendre implique nécessairement de se tromper.

Un enfant qui apprend à marcher tombe.

Un élève qui apprend à écrire fait des fautes.

Celui qui apprend à raisonner se trompe parfois de chemin.

L’erreur n’est donc pas nécessairement la preuve que l’élève n’apprend pas.

Elle peut au contraire permettre d’identifier ce qui est compris, ce qui ne l’est pas encore et ce qu’il faut reprendre.

Encore faut-il qu’on lui permette de la regarder sans honte.

Une copie corrigée peut alors devenir beaucoup plus qu’un chiffre : elle devient une carte.

Elle montre ce qui est acquis, ce qui reste fragile et le prochain endroit où travailler.

Et si l’on changeait simplement la question ?

Au lieu de demander uniquement :

« Quelle note as-tu eue ? »

on pourrait parfois demander :

« Qu’est-ce que tu as réussi ? »

« Qu’est-ce que tu comprends mieux qu’avant ? »

« Qu’est-ce qui t’a posé problème ? »

« Qu’est-ce que tu pourrais faire différemment la prochaine fois ? »

Ces questions ne suppriment pas l’exigence.

Au contraire.

Elles invitent l’élève à analyser son travail, à identifier ses difficultés et à réfléchir aux stratégies qui pourraient lui permettre de progresser.

Petit à petit, il ne subit plus seulement le résultat.

Il apprend aussi à comprendre comment il apprend.

Un élève est toujours plus grand que sa moyenne

Les notes font partie de l’école.

Elles ont leur utilité.

Mais elles ne devraient jamais devenir une mesure de la valeur personnelle.

Un élève peut avoir de grandes capacités et traverser une période difficile.

Il peut comprendre rapidement mais manquer de méthode.

Il peut travailler énormément et progresser lentement.

Il peut échouer aujourd’hui et réussir demain.

C’est précisément pour cela qu’un accompagnement éducatif ne peut pas se résumer à regarder une moyenne.

Il faut regarder l’élève.

Son parcours.

Ses blocages.

Ses stratégies.

Ses progrès.

Ses petites victoires.

Et parfois aussi ce qu’il ne dit pas.

Alors, est-ce la note qui fait l’élève ?

Non.

La note donne une indication. Le progrès raconte un parcours. Et l’élève, lui, ne peut jamais être résumé par un chiffre.

Derrière un 8 devenu 10, une copie un peu moins raturée, une main qui se lève enfin en classe ou un élève qui murmure :

« Cette fois, j’ai compris. »

Il y a parfois une réussite qu’aucune moyenne ne pourra vraiment raconter.

Parce qu’un élève mérite d’être compris avant d’être évalué.

Gwladys VAZQUEZ

Préceptrice et coach scolaire, fondatrice de L’École de Gwladys.

https://www.lecoledegwladys.fr
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